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Épisode 6 – Naissance de mon premier fils à 36 semaines de grossesse: une doula est née.

Écrit par Annie Bhérer

Pour la toute première fois, je te raconte la naissance de mon premier fils Samuel, à 36 semaines de grossesse.

Une aventure qui m’a profondément transformée et qui a été déterminante pour la suite de mon chemin de vie.

Moins d’un an plus tard, je devenais accompagnante à la naissance. Une passion qui a continué à grandir au fur et à mesure que les décennies ont passé.

Une série d’événements et d’expériences qui m’a permis de créer la préparation à la naissance OPALEO.

LES ASTUCES QUE ANNIE A UTILISÉES POUR JONGLER AVEC LA DOULEUR

  • Les sons encore et encore
  • Parler avec mon bébé
  • Noirceur (merci la nuit) 😉
  • Préparation Affective à la Naissance (haptonomie)

CONTACTER ANNIE

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Les sujets abordés dans cet épisode

  • Accompagnante à la naissance
  • Accouchement sans péridurale
  • Accouchement en milieu hospitalier (hôpital)
  • Accouchement avec une équipe d’omnipraticiens
  • BABI
  • Bulle hormonale (endorphines)
  • Choix du médecin – médecin de famille
  • Col de l’utérus qui commence à s’effacer et à se dilater
  • Collectif d’accompagnantes à Québec
  • Contractions prématurées
  • Brigitte Dohmen, psychologue et créatrice de la Préparation Affective à la Naissance.
  • Doula
  • Élixirs floraux
  • Complémentarité des rôles
  • Cours prénataux en CLSC
  • Importance de l’équipe
  • Grossesse surprise
  • Menace d’accouchement prématuré
  • Naissance physiologique
  • Naissance prématurée
  • Michel Odent  chirurgien et obstétricien français
  • Neurosciences au service de la naissance.
  • Préparation Affective à la Naissance (haptonomie)
  • Peur de donner naissance prématurément
  • Rupture spontanée des membranes
  • Orgasme
  • Postnatal
  • Test de grossesse positif

    Interventions dont il est question dans cet épisode

    • Examen du col de l’utérus.
    Transcription de l'épisode

    Annie, ta Doula Ostéo

    Aujourd’hui, je te raconte la naissance de mon premier fils, mes débuts comme accompagnante à la naissance et le chemin qui m’a menée à OPALEO Naissance. 

    Jean Houle

    Bienvenue dans le podcast de Annie Bhérer. Passionnée de grossesse et d’accouchement, Annie est accompagnante à la naissance depuis plusieurs décennies. Elle est également ostéopathe spécialisée en périnatalité et formatrice à l’international. À ce jour, elle a aidé des milliers de femmes, de couples et de familles à se préparer pour vivre une expérience de naissance la plus alignée possible à leur désir. Voici ta Doula Ostéo, Annie Bhérer-Racine.

    Annie, ta Doula Ostéo

    Aujourd’hui, je me replonge dans un de mes plus forts souvenirs à vie, la naissance de mon premier fils Samuel. Première grossesse surprise, parce qu’il faut que je te dise que même si j’avais un très grand désir d’avoir des enfants depuis toujours, il n’était pas encore arrivé le moment où je m’étais dit dans ma tête, “ok, ça y est, je me sens prête”. Maintenant, avec le recul, je pense que c’était très très bien que Samuel décide de se présenter par surprise, parce que probablement que ça aurait été long avant que je me sente vraiment assez prête pour faire le pas. Donc, la grossesse se présente, et d’ailleurs, j’étais tellement pas là-dedans, mais tellement pas du tout. Ça faisait plusieurs jours que j’avais des maux de coeur, j’étais certaine que j’avais comme un problème au niveau de mon foie, une indigestion, je mangeais le minimum que je pouvais dans mes journées pour essayer d’aider mon système. Et là, j’arrive chez une de mes amies, je la vois encore.Ça fait 30 ans de ça, puis je la vois encore assise de l’autre côté de la table. Je lui raconte mes symptômes. Et là, elle me regarde, je vois dans ses yeux qu’elle a l’air à dire  “Ben voyons Annie, es-tu sérieuse? Annie, tu es enceinte? » 

    À partir du moment où elle m’a dit ça, j’étais super contente. Directement, j’ai fait « Oh mon Dieu, je serai enceinte! » et là, j’ai vite couru à la pharmacie pour aller chercher un test de grossesse. À quelque part, il y avait une partie de moi qui était prête, mais une chance, comme je te disais tantôt, que la grossesse s’est présentée par surprise parce que ça m’a propulsé vers cette étape-là avant que je sois vraiment complètement prête. Donc tout ça pour dire que bonne nouvelle, mon compagnon est super content aussi et là on se met à la recherche d’un médecin pour nous accompagner.

    Il faut que je te dise que j’ai une grande richesse dans ma famille en lien avec les accouchements. Mes tantes, ma mère, ont toutes eu de beaux accouchements. Depuis que je suis haute comme trois pommes, ce que j’entends, c’est « Oh wow! C’est donc bien le fun de donner naissance, tu vas voir, ça va bien aller! »

    J’ai déjà une croyance qui est très très positive en lien avec ça. Dans ma famille, donner naissance, c’est un gros trip qui est le fun de vivre, tu vois, comme quoi, d’une famille à l’autre, c’est pas toujours la même chose. Donc tout ça pour dire que je vois la perspective d’accoucher, d’enfanter de façon très, très, très positive.

    Il faut que je te dise qu’à l’époque, je n’étais pas accompagnante à la naissance, donc je n’avais aucune expertise, aucune connaissance particulière, j’avais simplement une très très grande confiance, puis une très grande naïveté aussi, c’est-à-dire que j’étais très peu au courant de tout ce qui pouvait arriver autrement. J’avais simplement cette connexion très forte avec mon bébé, puis la certitude intérieure que je pouvais, à l’aide de mon amoureux, à l’aide de mon bébé, traverser cette aventure-là. 

    Je finis par me mettre à la recherche d’un médecin pour m’accompagner dans cette aventure. Je voulais absolument avoir un médecin en particulier parce que deux de mes tantes avaient donné naissance avec lui dans l’hôpital de la ville où j’habitais, de la ville de Québec à l’époque. Donc, je téléphone et la réceptionniste m’informe que malheureusement, ça ne sera pas possible, que le médecin que je veux, qui s’appelait Bertrand, n’ait pas disponible, qu’il est déjà complet au niveau de son horaire. À ce moment, mon monde s’effondre parce que dans ma tête, qui est enceinte de mon premier bébé, j’ai besoin d’un allié pour l’accouchement et dans ma tête, c’était lui, mon allié, de façon à être sûr que j’allais vraiment être accompagnée de façon optimale. Tout ça pour dire que j’insiste tellement, j’ai l’air tellement désespérée au téléphone que la réceptionniste me transfére à l’infirmière de l’équipe, qui prend le temps avec moi de discuter, puis elle me dit « Écoute, j’ai quelqu’un d’autre dans mon équipe qui correspond tout à fait à ce dont tu as envie, donc si tu es d’accord, je te jumelle simplement avec lui, il s’appelait Martin Michaud.

    Donc mon suivi de médical de grossesse commence, je rencontre le fameux Martin, il correspond tout à fait à mes attentes, il est beaucoup dans l’ouverture, beaucoup à l’écoute, la grossesse continue à très bien se dérouler, à part un élément: j’ai un utérus qui est susceptible. Je ne sais pas si c’est ton cas à toi. C’est-à-dire que quand je suis enceinte, je contracte beaucoup.

    Quand on porte un troisième, un quatrième, un cinquième bébé, par exemple, et qu’on contracte beaucoup, mais qu’on a toujours donné naissance à terme, c’est moins inquiétant. On sait que ça fait partie de notre façon d’être enceinte, mais moi dans mon cas, c’était mon premier bébé. Donc on ne savait pas si j’avais une tendance à accoucher prématurément ou pas. Donc les contractions étaient toujours extrêmement présentes. Elles avaient commencé même à transformer mon col.

    Martin m’a dit: “faut vraiment que tu te rendes à 36 semaines parce que si tu ne te rends pas à 36 semaines tu vas devoir aller donner naissance dans un autre hôpital”. Alors là, je pense que tu as déjà compris à quel point je tenais à avoir le suivi avec cette équipe-là, qui était une équipe d’omnipraticiens, et que je voulais pouvoir avoir accès à tout ce dont mes tantes m’avaient parlé en termes d’accompagnement, puis d’avoir un accouchement le plus physiologique possible. Si tu m’avais rencontré à ce moment-là, je ne t’aurais pas dit le mot physiologique parce que probablement que je n’avais aucune idée à quoi ça faisait référence, mais c’était ce dont je rêvais. C’est-à-dire que je voulais vraiment vivre chacune des étapes. Tu vois, il y a beaucoup de femmes qui font comme « Oh my God, moi le moins de douleurs possibles, si je pouvais sentir rien du tout, je serais contente ». Moi, j’avais très, très envie de sentir, de faire partie de cette aventure-là à part entière. J’avais envie d’accompagner mon bébé, j’avais envie de sentir ce que ça ferait dans mon corps. J’avais un très grand désir de rencontrer toute cette expérience-là.

    Donc, on se retrouve pendant la grossesse où j’ai beaucoup de contractions, puis donc, comme Martin me dit que le 36 semaines c’est vraiment important et que mon col avait déjà commencé à se transformer, malgré le fait que j’étais loin d’être à terme encore, on a mis plein de mesures pour que je contracte le moins possible. Donc, par exemple, faire le moins possible de marche, d’exercice et compagnie, pas de sexualité, tout ce que tu peux imaginer pour pouvoir prévenir le plus possible le risque d’accoucher prématurément. J’avais aussi eu la chance d’avoir un suivi en Préparation Affective à la Naissance, mieux connu en France sous le nom d’haptonomie. Dans cette approche, les parents apprennent à prendre contact avec le bébé, à développer un lien, un lien dans lequel le bébé se sent accepté, aimé, confirmé dans son existence. Donc on utilisait aussi beaucoup cette approche pour rendre mon muscle utérin le plus souple possible et pouvoir continuer à prendre contact avec notre bébé puis à le sécuriser, malgré le fait que j’avais quand même pas mal de contraction ici et là. Et là, moi, j’avais pris un calendrier pour voir qu’est-ce que ça représentait 36 semaines. Et le 36 semaines égalait le 12 juin. Alors que moi, dans ma tête, ça, ça a été une erreur, mais tellement incroyable. Dans ma tête, à tous les jours, plusieurs fois par jour, je visualisais le 12 juin. Mais plutôt que de me dire « il faut que ça soit après le 12 juin », on dirait que j’ai focalisé sur cette date-là en faisant 12 juin, 12 juin, 12 juin, c’était comme un genre de mantra.

    Parce qu’évidemment je n’allais pas pouvoir accoucher à l’hôpital que je voulais et aussi pour la santé de mon bébé, je voulais bien évidemment atteindre au moins le 36 semaines de grossesse. Vers 34 semaines, j’ai eu un petit moment pendant une nuit où j’ai eu des contractions qui ont été un petit peu plus importantes, mais heureusement, elles se sont espacées, elles sont disparues. Et est venu le fameux 12 juin.

    On est le 12 juin, on est le soir, je pense que tu as bien compris que ça faisait déjà plusieurs semaines que j’avais pas eu d’orgasme et moi dans ma tête, je me dis, on est le 12 juin donc je peux peut-être faire une petite encoche au règlement, m’offrir un petit plaisir.  Aussitôt que l’orgasme s’est mis à monter, s’est mélangé avec lui un « pop » de l’intérieur. Peut-être as-tu déjà rompu des membranes. Moi, les deux fois où j’ai rompu mes membranes en début de travail, ça a été la même chose, j’ai entendu à l’intérieur de mon corps “le pop” des membranes qui se sont rompues. Écoute, ça a un petit peu teinté mon orgasme qui a été moins majestueux qu’il aurait pu l’être.

    Tout ça pour dire que je me lève debout et là je vois clairement qu’il y a du liquide amniotique qui s’écoule entre mes deux jambes. La bonne nouvelle c’est qu’on est à 36 semaines, c’est sûr que 36 semaines ce n’est pas l’idéal. Ça aurait été mieux que je me rende un petit peu plus loin, mais voici, voilà, mes membranes sont rompues. Il faut que je te dise que comme nous ne sommes pas à terme, je ne suis pas dans ma ville. Je suis à ce moment-là chez mon papa, qui habite à à peu près 1h45 de l’hôpital où je dois donner naissance. Ce n’est pas quelque chose qui me dérange, ce n’est pas quelque chose qui m’inquiète non plus, c’est la situation, puis on ne voit pas ça à ce moment-là comme un problème. Donc, on se prépare, les petites choses de dernière minute. On embarque dans l’auto, donc on a une demi-heure à peu près tampon pour se préparer et commencer le trajet. Et là, les contractions embarquent. Mais quand je te dis embarque, là, j’avais… Je m’étais acheté une petite bouteille d’élixir floral pour pouvoir m’accompagner pendant mon travail et je me souviens qu’il a fallu qu’on s’arrête sur le bord de la rue avant même d’embarquer sur l’autoroute pour que je puisse avoir de l’aide pour ouvrir la petite bouteille parce que les contractions étaient devenues tellement fortes que j’étais incapable d’ouvrir la bouteille. Alors imagine, ça faisait seulement une demi-heure que les membranes avaient été rompues et il n’y avait pas eu de crescendo. Souvent dans les cours prénataux, on nous annonce que les contractions vont commencer doucement et vont aller de plus en plus fortes, de plus en plus fréquentes. Dans mon cas, ça s’est pas fait comme ça et j’ai pas un corps qui fonctionne comme ça quand je donne naissance. Ça embraye très rapidement à la vitesse supérieure. Donc les contractions sont très rapprochées, sont déjà très puissantes. 

    On embarque sur l’autoroute. Je te rappelle qu’on est le soir. C’est formidable. C’est tellement extraordinaire. C’est comme si la vie avait voulu m’offrir un cadeau extraordinaire de dire “écoute on va mettre autour de toi tous les éléments les plus intéressants pour favoriser ta bulle hormonale”. Donc là on est la nuit, je suis dans l’auto, je suis complètement protégée du regard des autres, je ne suis pas gênée, bien entendu, parce qu’il y a juste mon amoureux qui est dans l’auto avec moi. Il n’est pas du tout dans un mode « je te regarde » parce que là, on se rappelle qu’il faut qu’il conduise, donc il n’est pas du tout dans un mode observation.

    Je te rappelle que parmi les très grands freins à un accouchement physiologique, il y a l’observation. Il y a une anecdote croustillante extraordinaire que Michel Audin raconte souvent dans ses conférences, qu’il y a plusieurs années, ça fait déjà plusieurs décennies, au moment où il a commencé à travailler en centre hospitalier pour aider, pour accompagner des femmes qui donnaient naissance, que les infirmières à l’époque, et moi j’ai connu ça aussi dans mes débuts comme accompagnante, les infirmières devaient rester dans la chambre pour vérifier l’état du bébé et voir le tracé de réactivité foetale, comment ça se passait. Il a observé que quand les infirmières étaient dans la chambre pour faire des vérifications constantes, que le travail des femmes était souvent plus compliqué. Il a proposé aux membres de son équipe d’apprendre à tricoter. Il a proposé aux infirmières: “quand tu es dans une chambre et que tu dois y rester pour la surveillance foetale ou pour une toute autre raison, je vais te demander de tricoter, de façon à ce que la mère ne se sente pas observée.”

    Et il avait absolument raison. Le fait d’être observée quand je donne naissance va être défavorable pour tout le processus hormonal. Donc moi, c’est la nuit, je suis dans une auto, je suis en déplacement, mon cerveau mammifère n’a pas du tout à s’inquiéter des prédateurs qui sont dans le coin. Si tu fais la préparation à l’accouchement avec moi, avec OPALEO, tu sais bien à quel point c’est important de sécuriser le cerveau mammifère. Et là, je suis en transe, mais tellement en transe, je suis détrempée. Je me souviens encore que le petit t-shirt blanc que je portais à l’époque, qu’on aurait pu tordre en arrivant sur les lieux de la naissance. Je suis détrempée et je fais des sons, je gémis, je parle à mon bébé à presque chacune des contractions pour lui dire de descendre, qu’on est ensemble, que tout va bien aller et compagnie.

    Je suis dans une expérience extraordinaire, surréaliste. Et pendant tout ce temps-là, mon chum, lui, il conduit. Il conduit, puis il y a une lecture de ce qu’on est en train de vivre qui est très différent de ce que moi, je suis en train de vivre. D’ailleurs après coup il va me dire mais est-ce que ça t’as vraiment fait mal? Je fais comme ben oui ça faisait mal, mais il y a quelque chose de ce que j’exprimais à l’extérieur qui n’était pas décodé comme tel. Et tu vas voir que dans les accouchements physiologiques, c’est quelque chose qui arrive très très souvent. Ce qu’on vit intérieurement et ce que les gens observent lorsqu’on est dans un état d’abandon et de lâcher prise, c’est deux expériences qui sont complètement complètement différentes. Donc, on est dans l’auto, on continue à rouler pendant presque une heure et demie, deux heures, pour arriver sur les lieux de la naissance et pendant tout ce temps-là, je me laisse aller, je fais des bruits. Tu l’as compris, je suis bénie par la situation. Quand je vous dis qu’un accouchement, on n’est pas tous égales, il y a certains facteurs qui vont pouvoir de l’extérieur soit favoriser ou soit au contraire défavoriser l’expérience que je suis en train de vivre. Donc on arrive à l’hôpital, mon chum se stationne dans un endroit où il n’y avait pas du tout le droit de stationner parce que moi ça faisait comme déjà 15-20 minutes dans l’auto où je lui demandais est-ce qu’on arrive bientôt, est-ce qu’on arrive bientôt parce que je commençais à sentir une intensité que je ne reconnaissais pas. Donc tout ça pour dire qu’on arrive sur les lieux de la naissance, il se stationne sur le bord de la porte, Je sors, il m’aide, il laisse toutes les valises dans l’auto et on monte au département d’obstétrique. On arrive en haut et puis, bien évidemment, l’infirmière nous accueille. C’est un premier bébé. Ça fait deux heures que j’ai rompu mes membranes, une heure et demie que j’ai des contractions, elle me regarde, puis probablement que dans sa tête elle se dit « bof, est-ce que c’est vrai? Est-ce que c’est une fausse alerte? On n’est pas trop certain ». Donc elle m’accompagne dans une toute petite, toute petite chambre, dans les vieux hôpitaux, il y avait souvent ça, des genres de petites garde-robes dans lesquelles il y avait un lit pour faire un examen.

    Je me dévêtis, je me couche sur le dos sur la table d’examen et là elle entre ses doigts dans mon vagin, Depuis le début du travail, ça a été sans aucun doute la contraction la plus difficile.  Pour toutes les autres contractions, j’étais installée comme j’avais envie d’être installée, je faisais les sons que j’avais envie, j’étais vraiment dans ma bulle hormonale.

    Là, couché sur le dos, 36 semaines de grossesse, les doigts de quelqu’un dans mon vagin, plus la contraction, plus la lumière, ça faisait pas mal de facteurs qui étaient moins intéressants.

    Elle m’examine et elle fait comme « on dirait bien que t’es à 10 cm, mais attends un petit peu, je vais aller chercher une collègue pour confirmer ». Probablement qu’elle trouvait ça surprenant et avec raison. Sa copine arrive, elle m’examine elle aussi et elle confirme que je suis à 10 cm. Alors c’est le temps d’aller dans une chambre pour la naissance. Oui, c’est hyper rapide. Passer de zéro, j’étais à 1 cm. Les contractions qui avaient préparé mon col avaient réussi à aller jusqu’à 1 cm avant que mon travail s’enclenche, avant que les membranes se rompent. Mais c’est quand même extrêmement rapide pour un premier bébé. Ça se peut que tu te dises dans ta tête, mais mon Dieu, wow! Ben oui, wow!

    Je suis profondément convaincue que ce wow-là a été permis, entre autres, à cause du fait que j’ai été dans un contexte qui a été parfait. On s’en reparle dans quelques minutes. Donc là c’est le moment d’aller dans la salle d’accouchement. Là j’ai plus mes pantalons sur le dos mais il faut que je passe par le corridor. Je prends une couverture qui était à ma disposition, je l’enroule autour de ma taille et là je cours doucement vers la chambre où la naissance va avoir lieu.

    Je m’installe dans le lit en position semi-assise, position dans laquelle j’étais lors du trajet en voiture. Et là, je te rappelle qu’on recule 30 ans en arrière. Dans ma tête, là, c’était ça, ma référence. J’avais une référence probablement qui était en lien avec les émissions de télé que j’avais dû voir à ce moment-là.

    Donc je m’installe en semi-assise et je demande à l’infirmière « Madame, il faut appeler Martin pour qu’il puisse en venir. » Parce qu’une des raisons pour laquelle j’avais choisi cette équipe d’omnipraticiens, c’était qu’à l’époque, ça a peut-être changé maintenant, à l’époque, les omnis faisaient leur accouchement. Donc, j’avais confiance que quand j’allais donner naissance, c’est Martin qui allait se présenter, Puis ça pour moi, c’était quelque chose d’extrêmement sécurisant. Là, l’infirmière m’a dit non, non, ça ne sera pas possible, Martin ne pourra pas arriver. Il va falloir faire affaire avec le médecin de garde. Et là, je l’entends qui me dit: “ne t’inquiète pas, le médecin de garde, il est vraiment super, il s’appelle Bertrand!” Quand je te dis que dans la vie, pendant un accouchement, il y a des synchronicités, Il y a des événements qui arrivent, qui font que ça nous met sur une route qui est plus facile ou plus difficile. Moi Bertrand, je ne l’avais jamais vu de ma vie, mais j’avais déjà confiance en lui. Je l’aimais déjà. Puis quand il a poussé la porte pour venir nous rejoindre avec, je le vois encore avec ses cheveux tout ébouriffés. Probablement qu’il est en train de faire un dodo à quelque part. Je l’aimais déjà, j’étais déjà en confiance, il n’y en avait pas de problème. Et là j’étais rendue à la poussée. Mon bébé n’était pas assez bas pour que le poussée réflexe soit présente. À l’époque on demandait quand même aux femmes de pousser, même s’il était trop tôt, parce qu’on n’était pas rendu dans notre compréhension.

    Et donc l’infirmière avait déjà commencé à me demander de pousser. Et là, ce que je me souviens très bien, c’est que je ne savais pas comment faire parce que comme mon bébé était très haut dans mon bassin, que j’étais pas encore rendu à l’étape de la poussée réflexe, j’étais perdue, je ne comprenais pas du tout qu’est-ce qu’elle me demandait.

    Et là Bertrand rentre, il arrive, puis il dit à l’infirmière, laisse la faire, laisse la faire comme elle veut. Vois-tu à quel point, ça arrive parfois aux accouchements qu’on rencontre des gens extraordinaires.

    À partir de là, tout changé. Parce que j’ai pu revenir dans la zone, en tout cas une zone intermédiaire, qui ressemblait davantage au moment où j’étais dans l’auto, où j’étais complètement connectée dans mon instinct, et pas en train de faire quelque chose qu’on me demandait de faire, mais sans trop comprendre, sans être trop connecté finalement à ce qui se passait à l’intérieur de moi. Donc mon bébé a descendu, descendu. Évidemment la poussée n’a pas été très compliquée parce que c’est un petit bébé de 36 semaines. Donc, évidemment, ce n’était pas un gros bébé. Samuel pesait 6, 8 livres. 3 kilos pour les Européens qui sont ici avec nous. Donc, c’était un petit bébé. La naissance s’est bien passée. On était comme aux anges. Ça a été même, je te dirais la seule chose, c’est que ça a été surprenant pour moi. Même si je n’avais pas une préparation qui était très étoffée, je ne m’attendais quand même pas à ce qu’on mette un bébé sur mon ventre aussi rapidement que ça. Il y a juste ça qui est fait comme « oh my god, déjà un bébé, ok parfait ».

    Ça s’est très très bien passé, tellement que le médecin et l’infirmière, suite à l’accouchement, sont revenus dans la chambre. Je les vois arriver avec des petits calepins de notes parce que là on se souvient qu’on n’avait pas de iPhone. À l’époque on avait des crayons et des papiers. Et là ils s’approchent de nous et ils nous font comme ok, dites-nous comment vous êtes préparés vous autres pour votre accouchement? Parce que entre le moment où j’étais arrivée à l’hôpital et le moment de la naissance de Samuel, ça s’était extrêmement bien passé. J’avais vraiment eu la chance de rester connectée. Je me souviens que même quand on était là dans le moment où Samuel était rendu à ma vulve et que j’étais dans mon rond de feu, oui, j’ai bien senti que ça brûlait, mais encore là j’étais comme assez calme, je me souviens même que je leur ai dit « ouf, Ça fait mal, ça brûle! » Et là, il faut que je te dise, moi, je n’avais jamais vu d’accouchement à ce moment-là. Donc, quand j’ai vécu cette étape-là, dans ce calme-là, dans ce « Oh oui, c’est vrai, ça fait vraiment mal » dans l’observation, je n’avais pas de référence. Donc, je n’étais pas en mesure de savoir que ce qui se passait pour moi était différent de ce que la majorité des femmes vivaient pendant leur accouchement. Donc ils sont avec leur petit cahier de notes, puis là ils veulent savoir comment on s’est préparé. Nous autres on comprend pas trop pourquoi ils sont si intéressés par ces informations-là, puis on comprend même pas pourquoi ils nous posent cette question-là.

    Je leur raconte que j’ai fait un suivi en préparation affective à la naissance, puis qu’effectivement on a pratiqué, on a appris des outils pour jongler avec la douleur, ce qui est tout à fait vrai, qu’on les avait très très bien pratiqués, et que c’était peut-être ça qui avait fait que finalement ça s’était passé particulièrement bien pour nous.

    Les mois passent, j’ai donc un petit bébé dans les bras qui est un BABI, un bébé aux besoins intenses. Les premiers mois de mon postnatal ont été vraiment difficiles. Je te dirais que j’ai souvent été en détresse, je me suis souvent trouvée isolée, je me suis souvent posé des questions à savoir si j’avais fait un bon choix, s’il y avait quelque chose qui allait mieux bientôt ou si j’allais rester dans ce tourbillon-là encore longtemps.

    Et une fois que j’en suis sortie, est venu et né le désir d’être accompagnante à la naissance. Moi, j’avais trippé ma vie en donnant naissance à mon fils et je me disais, « Hey, ça serait donc extraordinaire de pouvoir accompagner des familles qui vivent ça, ça va être formidable. Je me mets à faire des formations, une formation avec une accompagnante, une autre formation avec le collectif des accompagnantes de Québec, une formation à l’époque avec une sage-femme, je me mets à accumuler des formations d’accompagnante et je commence ma pratique comme accompagnante.

    Les femmes me téléphonaient, les couples me téléphonaient en me disant «Hey Annie, ça commence, qu’est-ce que tu penses que je faisais?» Hé, j’embarquais vite dans mes bottes, je mettais vite mon manteau, j’attrapais vite mon sac, puis je me dépêchais. Parce que dans ma tête à moi, ma référence, un accouchement, c’était rapide, puis c’était tripant. Fait que si je prenais trop de temps avant d’arriver, j’allais manquer l’expérience, puis je n’allais pas être aux côtés des couples quand l’expérience allait avoir lieu. Donc, je me dépêchais. Et là, qu’est-ce que j’ai eu comme expérience encore et encore? C’est des expériences d’accouchement qui étaient souvent, pas toujours, mais souvent difficiles. Des expériences d’accouchement qui étaient souvent compliquées. Des expériences d’accouchement où les gens n’avaient pas autant de plaisir, je vais dire ça comme ça, à traverser l’aventure que ce que moi j’avais fait. Et moi, après mon premier accouchement, je me disais « wow, j’ai hâte d’accoucher à nouveau ».

    Bon, je n’avais pas hâte d’avoir un autre bébé parce que je trouvais ça vraiment difficile le postnatal, mais le fait de donner naissance, c’est quelque chose que j’aurais revécu encore et encore. Et pour te dire à quel point c’est vrai, quand j’ai eu mon dernier bébé, ça a été un deuil pour moi de faire comme « ok, ça là, ce trip là, je ne vivrai plus jamais ça ». Donc, j’observais que les couples autres, souvent c’était un passage obligé pour les femmes, que c’était pas le fun comme expérience, qu’ils trouvaient ça difficile, que c’était quelque chose qui les stressait beaucoup, plutôt que d’être dans « Oh wow! Hé! Je vais donner naissance puis je vais vivre cette expérience-là dans quelques semaines. »

    J’ai rencontré un mur de briques. J’étais tellement surprise de ça, j’en revenais pas de voir à quel point mon expérience et l’expérience d’une bonne partie des femmes qui étaient autour de moi étaient différentes.

    Et c’est là que ma croisade a commencé. C’est là où je me suis dit dans ma tête, ça se peut pas que certaines femmes, comme j’ai eu la chance, vivent une expérience aussi extraordinaire alors qu’il y a une grosse partie des gens que pour qui c’est complètement le contraire. Il doit bien y avoir des solutions, des choses qu’on peut mettre en place pour que les femmes puissent vivre une expérience qui est beaucoup plus satisfaisante.

    Ma première étape, ma première hypothèse, ça a été de me tourner vers la préparation affective à la naissance. Je te l’ai dit tantôt que pendant mon accouchement, j’avais utilisé ces outils-là pour m’aider au niveau de la douleur et qu’effectivement, ça avait très bien fonctionné pour moi. Donc là, j’ai téléphoné à Brigitte Dohmen, qui est la personne qui formait à l’époque les praticiennes, pour lui demander de venir au Québec pour former des praticiennes en préparation affective à la naissance. Mon objectif, tu l’auras compris, c’était d’être dans le groupe, parce que, j’étais doula et je voulais avoir cet outil-là pour l’offrir au couple que j’accompagnais en me disant que ça allait peut-être faire une bonne grosse différence.

    Cette formation a duré plusieurs années. C’est une formation qui s’échelonne sur 6 ans. Donc, pendant ces 6 ans-là, j’ai recueilli toutes les informations, toutes les compétences pour pouvoir offrir au couple cette expérience-là. Et en même temps, j’ai cumulé les formations. Avec des sages-femmes, avec des médecins, j’ai fait un programme court à l’université. Je cherchais des réponses qu’il était très difficile de trouver. Je cherchais à cette époque-là déjà des réponses qui étaient autres que celles qui étaient véhiculées partout, parce que j’avais bien compris que les réponses dans les cours prénataux standards à l’ancienne, que moi j’avais suivi d’ailleurs en CLSC, n’étaient pas la réponse, n’étaient pas la solution. Parce que si ça avait été la solution, à l’époque, la majorité des couples allaient faire des cours de cette forme-là. Si ça avait été la solution, on aurait tous donné naissance de façon optimale. Donc, je savais que la réponse n’était pas là, mais je ne trouvais pas où elle était.

    Donc, j’ai comme continué à recueillir les informations pour trouver les réponses que je cherchais et vraiment bonifier l’expérience des couples que j’accompagnais. Et là j’ai eu plein d’hypothèses qui sont montées.

    J’ai réalisé que les prémisses que nous avions à l’intérieur de nous, les préjugés favorables ou défavorables, faisaient certainement partie de la solution. Il y avait aussi les connaissances qui pouvaient nous aider, de savoir qu’est-ce qui est intéressant, qu’est-ce qui ne l’est pas. Connaissance dont je n’avais pas eu besoin parce que la vie, la vie avec un grand V, m’avait protégée de ça. Imagine si, par exemple, j’avais rompu mes membranes le lendemain matin et que j’avais fait ce trajet-là en plein milieu de la journée avec un gros soleil, peut-être que ça aurait été très différent pour moi parce que je ne savais pas qu’on devait être dans la pénombre pendant l’accouchement. Si on n’avait pas été aussi éloigné du milieu hospitalier où j’allais donner naissance, on serait arrivé beaucoup plus rapidement sur les lieux de la naissance. Peut-être que ça aurait fait que mon travail aurait été beaucoup moins efficace parce que j’aurais été beaucoup moins capable de me laisser aller. Donc, dans mon cas, je n’avais pas ces connaissances-là, mais la vie m’a protégée. Maintenant, dans un contexte où malheureusement c’est pas toujours comme ça, Le fait d’avoir les connaissances, bien sûr, pouvait faire une différence. Et il y a un facteur qui me manquait toujours, qui me semblait être un facteur important, qui était le facteur de la biomécanique, c’est-à-dire de comment le bébé s’organise à l’intérieur du bassin et comment le bassin s’organise autour du bébé. À l’époque, ce n’était pas trop clair pour moi de ce que ça voulait dire, mais j’avais quand même une intuition forte qui me disait que, « Ah! À cet endroit-là, j’allais trouver des réponses à mes questions qui étaient vraiment intéressantes. 

    J’ai décidé de m’inscrire à une formation d’ostéopathe. Toute une bulle au cerveau quand même, parce que ça c’est un autre 6 ans avec très très accaparant, avec beaucoup d’études, avec beaucoup d’investissement en temps. Et donc, doucement, en continuant mes accouchements et mes accompagnements, j’ai fait une formation pour devenir ostéopathe.

    Depuis ce jour, je reste ostéopathe et je suis spécialisée en obstétrique, c’est-à-dire que la grande majorité des gens que je rencontre, ce sont des femmes enceintes, des femmes en post-natale et bien entendu des bébés. Et donc pendant tout ce temps-là, maintenant on est rendu à une vingtaine d’années, j’avais des milliers de suivis déjà de couples que j’avais accompagnés et j’avais une intuition qui était de plus en plus forte à l’intérieur de moi. Ça revenait sans cesse.

    Je me disais: “avec tout ce que j’ai compris sur le terrain, avec tout ce que j’ai accumulé comme observation, il faut absolument que je crée quelque chose avec ça.” Mais tu sais, la vie va vite. La vie va vite que même si cette impression-là, cette intuition-là arrivait extrêmement souvent à l’intérieur de moi, qu’elle se manifestait souvent, je ne déployais pas de temps pour m’en occuper. Mais c’était de plus en plus fort. C’était là.

    Mon horaire était plein, je faisais beaucoup d’ostéo, je faisais beaucoup d’accompagnement à l’accouchement. Donc, il y a comme si l’espace que j’aurais eu besoin pour créer ma méthode, pour créer l’approche qui allait rassembler tous les morceaux de robots que j’avais découvert, que je n’avais pas cet espace-temps-là.

    Je ne sais pas si tu es d’accord avec moi, mais moi ce que j’ai observé, c’est que quand la vie veut que tu ailles à un endroit, puis que c’est ça ton X et que c’est ça ton chemin, et que tu t’obstines, ce que j’étais tout à fait en train de faire, il y a comme une organisation qui se fait bien au-delà de toi. Donc, un matin, j’ai deux clientes qui ont besoin que j’aille les voir à domicile. Habituellement, je ne fais pas de domicile, mais c’est vrai qu’avec mes clientes, avec OPALEO, quand c’est pas trop loin, puis qu’il y a quelque chose qui se passe de particulier pour elles, ça arrive des fois que je fais des exceptions, puis c’était vrai aussi à l’époque. Donc, je fais mes consultations le matin et lors du midi je mange et j’embarque sur mon vélo pour aller dans l’ouest de la ville pour aller rejoindre mes deux clientes, dont une qui avait des problèmes d’allaitement. J’arrive à un coin de rue avec un 4-stop. Je m’arrête, je vois très très bien, écoute je te raconte cela,c’est comme si c’était hier. Je vois très bien qu’il y a une auto qui est à moins d’un pâté de maison, c’est-à-dire qu’il a traversé l’intersection suivante, qui est en train de se diriger vers mon intersection, donc qui est en perpendiculaire par rapport à moi. Mais le monsieur en question, il a un stop. Donc, moi qui est un peu rigide dans ma tête parfois, je prends pour acquis qu’il va s’arrêter. Alors donc, je repars, je rembarque sur mon vélo et je me mets à traverser l’intersection. Au moment où j’ai vraiment l’impression qu’il y a quelqu’un ou quelque chose qui est en train de rentrer dans ma bulle, je me tourne la tête et il est déjà trop tard. L’auto est en train d’arriver sur moi. Ce que je vois à ce moment-là en me tournant, c’est le monsieur qui est en train de faire un stop américain, c’est-à-dire qui a un petit peu ralenti, et sa tête est en rotation droite complète, c’est-à-dire qu’il est en train de regarder s’il y a quelqu’un qui vient de sa droite alors que moi j’arrive de la gauche, et il n’a pas fait son stop et moi je suis devant son auto. Me voici au sol avec une jambe que je laisse dans les airs. Je suis en plein milieu de l’intersection, mon vélo est par terre, moi aussi d’ailleurs et lui continue sa route. Peux-tu croire ça? Il continue sa route. Il n’est jamais sorti de son auto. Il a continué sa route et puis il a fini par s’arrêter, se stationner entre l’intersection où on était puis l’autre intersection, puis rester dans son auto jusqu’à l’arrivée des policiers. En tout cas, tout ça pour dire que si jamais tu frappes quelqu’un, mon dieu, arrête-toi pour lui porter secours.

    Je suis au sol et il y a plein de gens qui viennent me voir. Les gens ont été vraiment hyper sweet. Et là moi j’ai ma jambe dans les airs, les pompiers arrivent, un gentil pompier qui arrive vers moi, qui dit « bon qu’est-ce que je peux faire pour vous, qu’est-ce qui se passe? Je lui dis « touchez pas, touchez pas, je pense avoir une fracture ouverte, avez-vous des ciseaux? » Il dit « oui, oui j’ai des ciseaux. » Il va chercher ses ciseaux et là il y a plein de monde autour de moi.

    Je pensais à ça et je me disais « my god Annie » j’étais vraiment intense. Là j’étais là et je disais à tout le monde « là s’il y en a qui sont sensibles, éloignez-vous parce que je pense que ça ne sera pas très beau » parce que je voyais bien que mon pied était rendu dans un axe où ça avait comme complètement pur rapport avec l’histoire. Il découpe mon jeans, effectivement on voit que j’ai une fracture ouverte puis que probablement d’autres fractures à l’intérieur, mais que donc tout ça pour dire que c’est sûr que je peux pas me lever de là puis repartir sur mon vélo, c’est certain.

    On m’embarque évidemment dans l’ambulance et puis on m’amène sur les lieux d’un hôpital pour que je puisse être opérée. Mais vois-tu comment c’est incroyable? Parce que là je me retrouve avec un pied complètement en compote. Moi je te rappelle que dans ma vie, je gagne ma vie comme ostéopathe et comme accompagnante de naissance. Donc là c’est clair, net et précis que je ne peux plus aller aux accouchements. D’ailleurs, dans l’ambulance, je suis activée à appeler puis trouver des relèves pour mes clientes qui doivent accoucher dans les prochains jours, prochaines semaines, parce que je sais très bien, même si je n’ai pas encore vu de médecin, que ça va être impossible pour moi de me tenir debout, en tout cas pour un petit bout. Mais, j’ai la cheville, donc en morceau, je ne pourrai plus être ostéopathe ni accompagnante de naissance pour un bon bout, mais je n’ai eu aucun choc à la tête. Je te rassure tout de suite, j’avais mon casque, parce que moi j’aime beaucoup faire du vélo mais quand même pas folle la fée. Je sais bien qu’à Montréal c’est quand même relativement dangereux même quand on fait nos stops visiblement. Donc tout ça pour dire que je n’ai aucun choc à la tête et que cette période-là de temps qui a été quand même difficile bien entendu, parce que ça a regorgé de plein de défis pour moi d’avoir une cheville qui était non utilisable pendant plusieurs mois, mais ça m’a permis de créer la méthode, l’approche, dont je t’ai parlé tantôt, qui est en lien avec toutes les observations que j’avais faites dans les semaines, les mois, les années, les décennies précédentes.

    Je suis profondément convaincue encore aujourd’hui que c’était arrangé avec le gars des vues. Et là, ça se peut que tu écoutes ça tu vires les yeux dans le graisse de Bine en faisant comme « elle est complètement folle! » D’ailleurs, j’ai plusieurs de mes amis qui le croient, donc ne t’inquiète pas, tu ne seras pas le premier ou la première à le penser, mais je suis convaincue que j’avais ça à faire pour accompagner les couples et que c’était dans le fond une façon que la vie m’offrait de façon à ce que je puisse finalement faire ce que je devais faire. Et là, je me suis mis à travailler excessivement fort en lien avec toutes les observations que j’avais faites.

    Et là, je me suis dit qu’est-ce que ça prend? Premièrement, ça prend des ancrages. Parce que moi, quand je suis arrivée pour mon premier accouchement, je te l’ai dit déjà, j’avais déjà ces ancrages-là qui m’avaient été offerts par ma mère, par mes tantes, par les femmes de ma famille. Mais malheureusement, pour certains d’entre vous, ce n’est pas le cas.

    Je me suis dit, la première chose que je vais faire, c’est une préparation virtuelle dans laquelle je vais mettre beaucoup, beaucoup, beaucoup d’ancrage. Et là, ça se peut que tu aies déjà regardé ma préparation virtuelle, ça se peut que je t’ai accompagnée pour un, deux, trois bébés, j’en sais rien. Et peut-être que c’est quelque chose que tu ne savais pas, parce que c’est pas la préparation virtuelle OPALEO, c’est une préparation qui est vendue comme étant un recueil d’informations.

    Mais c’est beaucoup plus que ça. Chacun des sujets, chacune des phrases, chacune des façons dont j’ai préparé les sujets, j’ai toujours voulu mettre vraiment beaucoup d’ancrage pour qu’au niveau de ton inconscient, le message s’imprègne, s’imprègne de façon, s’imprègne et s’imprime de façon maximale pour que tu puisses avoir le plus confiance possible. Donc oui, il y a de l’information, il y a des vidéos qui sont faites pour le ou la partenaire, mais j’ai beaucoup utilisé les neurosciences pour écrire chacune des capsules, puis parler, oui, au cerveau intelligent pour que vous puissiez recueillir l’information, et aussi à ton inconscient.

    Et ça, ça m’a pris des semaines, des mois. Et je te dis, je te parle même pas de tourner toutes ces capsules-là, mais de les écrire. Bien, ça, ça aurait été beaucoup plus facile si je m’étais assise devant une caméra et si je t’avais parlé comme je te parle maintenant, de façon spontanée. Mais je savais que si je voulais avoir un outil puissant, puissance 1000, neurosciences, que je ne pouvais pas faire ça. Qu’il fallait vraiment que j’organise chacun des mots pour avoir un maximum de puissance. Donc, ça, ça m’apparaissait être une carte qui était vraiment, vraiment importante. Et donc l’information l’est aussi, bien entendu. 

    Souvent les gens disent «ah oui, mais dans le fond, je n’ai pas vraiment besoin de m’informer tant que ça, je verrai sur le moment comment ça se passe. L’information, ça permet justement de te rapprocher le plus possible de ce que tu as envie de vivre. Et là, tu écoutes le podcast aujourd’hui, tu as probablement écouté quelques épisodes avant celui d’aujourd’hui, donc tu as eu des témoignages de couple qui t’ont partagé que parfois leur expérience n’avait pas été exactement comme elle aurait voulu qu’elle soit.

    Mais comment ils ont fait pour se rapprocher le plus possible de leur expérience rêvée? C’est en étant informés. Si on arrive à l’accouchement puis qu’on a une expérience qui est protégée de façon spontanée, comme j’ai eu la chance de l’avoir, et qu’on n’est pas informé, c’est pas grave, ça ne fait pas de différence. Mais ce n’est pas la majorité des gens qui malheureusement ont cette chance-là qui est là de façon complètement spontanée. Donc, l’information devait aussi faire partie de mon équation. Et là, j’ai réalisé à quel point il fallait que je mette en place une structure pour que les besoins de la femme qui donne naissance soient respectés. Parce qu’au fur et à mesure des accouchements où je suis allée et où je voyais que c’était compliqué, le problème c’était pas la capacité de la femme à donner naissance. On l’a toute à l’intérieur de nous.

    Le problème, c’est que la culture dans laquelle on vit, dans laquelle on donne naissance actuellement, est déficiente. C’est-à-dire qu’il y a plein de choses qui sont faites autour des femmes qui sont en travail qui vont court-circuiter son pouvoir, sa puissance, sa capacité à donner naissance à son bébé et aussi la capacité au bébé de se donner naissance. Donc, à travers la préparation virtuelle, à travers les Zoom que j’ai rajoutés, à travers la communauté, à travers tout ça, il y avait quelque chose de très clair pour moi qu’il fallait mettre en place qui était une préparation en équipe. C’est-à-dire que si on est en couple, l’équipe est déjà en partie formée.

    Si la maman est solo, aucun souci. L’équipe est à découvrir, est à former à ce moment-là, mais qu’on avait absolument besoin, dans l’expérience actuelle de notre époque, une équipe qui allait protéger, dans le fond, l’expérience de la mer. Et c’est là qu’est né OPALEO.

    Peut-être que c’est un nom que tu as déjà entendu. Peut-être que tu m’as déjà entendu dire la méthode OPALEO, peut-être que tu es des amis qui ont fait OPALEO, mais peut-être que tu ne sais pas à quoi ça fait référence. Donc ce ne sont pas des lettres que j’ai prises au hasard. Le OPA de OPALEO, ce sont trois lettres qui représentent les rôles de la personne ou des personnes qui sont autour de la femme qui donne naissance. Donc ce sont des rôles qui sont très très importants qui vont permettre que la mère puisse déployer toute sa puissance. Donc on parle d’organiser l’expérience, on parle de protéger l’expérience et d’accompagner l’expérience. Donc ça là, c’est les choses qui sont au départ nécessaires. Si je ne remplis pas ça auprès d’une femme qui donne naissance et que je laisse tout le monde la déranger constamment, c’est certain que ça va être compliqué. Donc le OPA, ce sont les rôles des gens qui sont autour.

    Maintenant on a le LEO qui sont les rôles de la personne qui donne naissance. Donc, le L pour libérer ton cerveau mammifère, ton instinct, pour te laisser complètement aller. Le E pour endormir, engourdir ton cerveau intelligent, éviter que tu sois vraiment monopolisé par lui et que ça nuise à l’expérience. Mais bien entendu, si je suis en train de donner naissance et que je veux être capable de neutraliser mon cerveau intelligent pour faciliter l’expérience pour moi et pour mon bébé, bien entendu j’ai besoin que quelqu’un gère le OPA. Tu me suis parce que sinon ça fonctionne pas. Donc d’où l’importance d’avoir une équipe. Toutes les compétences de la mère pendant l’accouchement, on les a déjà. C’est instinctif.

    Mais les problèmes, ils sont où? Ils sont dans la perte de confiance. Parce qu’on a entendu plein de choses, plein de préjugés, plein d’histoires qui ont été difficiles parce que le OPALEO n’avait pas été respecté. Et nous, dans nos croyances, puis dans cette répétition-là, on intègre le fait qu’on ne sera pas capable de donner naissance puis que c’est compliqué donner naissance et compagnie. Ça, tu l’as à l’intérieur de toi.

    Si tu donnais naissance demain matin et qu’on te prenait puis qu’on t’envoyait sur une île déserte toute seule et que ton travail s’enclenchait, tu donnerais naissance. Puis 99% de chances que ça se passe magnifiquement bien. Parce que donner naissance, ce n’est pas quelque chose que tu dois savoir, c’est quelque chose que tu sais faire de façon instinctive. Je ne pense pas que tu aies fait un cours pour apprendre à digérer. Je pense que tu digères tout seul, toute seule, sans problème. Accoucher, c’est la même chose.

    Mais maintenant, on n’est pas sur une île déserte, il y a beaucoup de gens autour de nous, donc on a besoin d’avoir une équipe qui va protéger l’expérience et qui va l’organiser. Et là, pendant que je suis avec ma jambe sur la chaise et que je passe mes journées devant mon ordinateur à créer ce contenu-là de façon à pouvoir te l’offrir et te permettre de vivre une expérience la plus extraordinaire possible, j’ai moi-même dans ma tête un préjugé. J’ai le temps, je sens que je dois faire ça, mais dans ma tête, je me dis quand même, c’est quand même mieux en présentiel. Si on a le choix entre me rencontrer, rencontrer une accompagnante en présentiel versus un accompagnement virtuel ou en partie virtuel, parce qu’Au Palais Haut, c’est pas que du virtuel, c’est hybride comme méthode, j’avais le préjugé que le présentiel était meilleur. Et maintenant, maintenant que j’ai un petit peu plus de recul et qu’OPALEO existe déjà depuis plusieurs années, je dois dire que j’étais complètement dans les patates, dans les choux, parce qu’avec OPALEO, j’ai découvert que la capacité des couples que j’accompagne à aller vers un accouchement heureux, physiologique, même en milieu hospitalier, était au niveau statistique bien meilleur que ce que je faisais avant comme accompagnement, en ayant par exemple deux, trois rencontres en présentiel avec les couples. Parce que c’est sûr que si tu viens me voir pendant trois heures de temps, je vais faire mon maximum pour vous donner un maximum d’informations. Mais c’est sûr que c’est peut-être pas le moment idéal pour vous autres. Peut-être que vous êtes fatigué, peut-être que vous êtes saturé d’informations, Vous ne pouvez pas réviser cette information-là. Donc, il y a plein de facteurs qui font que le présentiel va être défavorisé par rapport à des capsules que vous pouvez écouter à votre rythme, réécouter aux besoins et compagnie. Le fait aussi d’avoir une structure qui est sous forme de vidéo, sous forme de zoom, ça permet d’avoir une information qui est beaucoup plus complète et qui est beaucoup plus versatile. Donc, par exemple, deuxième élément que j’ai beaucoup remarqué avec OPALEO, c’est que les parents réussissent à aller plus vers l’accouchement dont ils rêvent, mais que quand, pour toutes sortes de raisons médicales, ce n’est pas possible d’avoir quelque chose qui est très similaire, Le deuil se fait beaucoup plus facilement parce qu’on a travaillé notre ouverture. On a travaillé le lâcher prise.

    On a travaillé plein de choses qu’on n’aurait pas eu le temps de travailler ensemble si on avait eu seulement trois petites rencontres en présentiel avec de temps en temps un petit appel parce que là, il faut que je te dise, il y a évidemment la préparation virtuelle, il y a les cours en ligne, il y a les cours en direct ou en rediffusion dans lequel on brainstorm vraiment beaucoup ensemble, il y a la communauté aussi. Donc c’est un accompagnement qui est très proximal, c’est-à-dire que les couples arrivent dans l’aventure et bien écoute, s’ils n’entendent pas parler de moi tous les jours pendant la grossesse, c’est pas loin de ça.

    Ils sont vraiment dans un environnement, dans quelque chose qui est très infusé. Parce que je pense, parmi les choses que j’ai réalisées dans toute ma démarche et dans toute ma conquête pour trouver des solutions, je pense que ce qu’on manque beaucoup de nos jours en lien avec l’accouchement, c’est cette imprégnation-là.

    Parce que normalement, quand tu donnes naissance pour la première fois, t’aurais dû pouvoir accompagner déjà plein de femmes de ta communauté. Si ça avait été dans ta grotte, t’aurais aidé ta mère, ta soeur, ta cousine, ta voisine à donner naissance. Et t’aurais eu comme cette familiarité-là avec cet événement-là. T’aurais vu des femmes faire des cris, des femmes faire des sons, et pour toi c’est quelque chose qui aurait été déjà traversé à l’avance. Tu aurais été beaucoup plus prête à arriver dans ton expérience.

    Mais maintenant, on n’a plus ça. On a besoin de faire une imprégnation, de faire une infusion, de se laisser baigner dans un univers où on va doucement faire un bout de chemin qui n’est pas seulement axé sur l’information. Et ça c’est le principal piège. 

    À toutes les semaines, les gens m’appellent en me disant « Ok, on veut te voir juste une heure, on voudrait juste voir les points de pression. » Mauvaise idée, mauvaise idée. Premièrement, les points de pression, ce n’est pas une méthode qui fonctionne à tout coup. Il y a beaucoup de choses qui doivent être préalablement mises en place avant d’arriver aux points de pression. Il faut travailler notre mindset aussi, de façon à ce que ça soit solide. Il faut vraiment aller dans des questionnements par rapport à ce qu’on veut, ce qu’on ne veut pas et compagnie. Donc tout ça pour dire que ça m’a pris quelques dizaines d’années, mais que j’ai rassemblé tous les éléments qui font une réelle différence dans l’expérience de l’enfantement.

    Et d’ailleurs, dans les prochaines semaines, je vais faire un épisode juste là-dessus. Je vais te donner vraiment tous les éléments, toutes les cartes qu’il est idéal d’avoir dans sa main lorsque vient le moment de donner naissance. Parce que c’est plusieurs éléments différents et plus on rassemble ces différents éléments-là, plus on a des chances de se rapprocher de l’expérience dont on rêve. Et bien entendu que l’information en fait partie. L’information, d’ailleurs, c’est documenté que quand on se prépare, quand on se renseigne pour un accouchement, que l’expérience est plus intéressante par la suite. Mais cela étant dit, même si on focalise complètement sur l’information tout court, c’est loin d’être la seule carte qui va me permettre de transformer mon expérience.

    C’est vraiment important de multiplier les choses qu’on met en place de façon à  être prêt, mais à tous les niveaux possibles. Alors voilà mon histoire, comme tu peux voir, c’est l’histoire de Annie qui a donné naissance à son bébé, mais c’est aussi l’histoire de Annie qui a eu un coup de foudre qui est devenue accompagnante, de Annie qui est devenue ostéopathe, de Annie qui a cumulé plein d’informations pour finir par avoir OPALEO gravé sur le cœur pour pouvoir t’accompagner au mieux. Ça me fait plaisir de passer ce moment-là avec toi. Si tu as envie de m’aider à faire connaître le podcast Enfanter Librement, je te propose d’aller sur Apple Podcasts pour pouvoir mettre un 5 étoiles. Si tu veux me rejoindre, tu peux le faire via Instagram, tu peux le faire aussi via courriel, tu as mon adresse courriel dans la description de l’épisode.

    La semaine prochaine, je te donne rendez-vous pour un témoignage d’un accouchement 100% physio, 100% naturel, un accouchement à domicile sans assistance. Bon, c’était pas ça qu’il y avait prévu, mais ça arrive parfois. Donc, je te donne rendez-vous. Audrey-Anne et Xavier seront là pour nous raconter leur aventure. À très vite!