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En début de grossesse, Alexandra et Vincent ont appris que leur deuxième fils naîtrait avec la trisomie 21.

La décision d’accueillir Léo dans leur famille a été guidée par leur cœur et leur intuition.

Dans cet épisode il nous raconte leur histoire unique et touchante incluant la belle expérience de naissance qu’ils ont vécue alors qu’au départ leur gynécologue voulait programmer une césarienne.

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Alexandra et Vincent accompagnent les familles dans le pays Basque Français et le sud des landes.

LES ASTUCES QUE ALEXANDRA A UTILISÉES POUR JONGLER AVEC LA DOULEUR

  • Bain
  • Instinct
  • Sons

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Sujets abordés dans cet épisode

    • Accouchement sans péridurale

    • Accouchement en milieu hospitalier (hôpital)

    • Accouchement orgasmique

    • Blessing way

    • Délivrance, naissance du placenta

    • Doula

    • Instinct

    • Joe Dispenza
    • Naissance physiologique
    • Placenta
    • Préparation Affective à la Naissance (Haptonomie)
    • Sensations de la poussée réflexe
    • Sages-femmes
    • Visualisation

    Interventions dont il est question dans cet épisode

    • Échographies
    • Proposition d’une césarienne planifiée
    Transcription de l'épisode

    Annie, ta Doula Ostéo

     

    En début de grossesse, Alexandra et Vincent ont appris que leur deuxième fils naîtrait avec la trisomie 21. La décision d’accueillir Léo dans leur famille a été guidée par leur cœur et leur intuition. Dans cet épisode, ils nous racontent leur histoire unique et touchante, incluant la belle expérience de naissance qu’ils ont vécue, alors qu’au départ, leur gynécologue voulait programmer une césarienne.

     

    C’est avec beaucoup d’émotion que je reçois Alexandra et Vincent qui viennent nous partager leur histoire. 

     

    Pour la petite histoire, j’ai accompagné Vincent et Alexandra pour la naissance de leur premier fils. Malgré les années, les souvenirs restent, un accouchement extraordinaire et magnifique. Très très contente de vous retrouver. Vous avez une expérience extrêmement riche que j’aimerais que vous nous partagiez. Par où est-ce que vous auriez envie de commencer?

     

    Alexandra

     

    On vient de parler de la naissance de notre deuxième enfant. C’est une longue histoire parce que ça a commencé pendant la grossesse déjà. 

     

    On a su très très rapidement durant la grossesse qu’on avait un bébé particulier qui arrivait avec un chromosome en plus, puis qui arrivait aussi avec une malformation cardiaque.

     

    Le plan de départ c’était d’accoucher à la maison et on a dû rapidement se raviser et faire le deuil de ça. On avait beaucoup, beaucoup aimé accoucher en maison de naissance avec toi à Montréal. Et on avait envie vraiment de tenter l’expérience de la maison.

     

    Mais bon, il a fallu dealer avec les médecins qui avaient une toute autre idée de cette naissance-là, qui était plutôt partie sur une belle césarienne programmée.

     

    Il a fallu qu’on négocie un peu avec l’équipe médicale pour qu’ils nous laissent vivre la naissance qu’on avait envie de vivre malgré tout.

     

    Annie, ta Doula Ostéo

     

    Et avant d’arriver à l’étape de la naissance, est-ce que vous avez eu des discussions ensemble pour savoir si vous envisagiez de ne pas continuer la grossesse ou ça a été très clair rapidement pour vous que vous alliez accueillir votre garçon?

     

    Vincent

     

    En fait, avant d’accueillir Maxime, pendant la grossesse, on avait déjà évoqué la possibilité d’avoir un enfant qui puisse arriver avec un handicap, avec une malformation, quelle qu’elle soit alors dans notre esprit on avait envie d’accueillir Maxime malgré tout.

     

    Quand ça a été au tour de Léo, comme on en avait discuté pour Maxime, je crois qu’au début on n’en a même pas forcément trop parlé, puis c’était comme ça. Après, quand on a eu les premiers avis médicaux, la première échographie qui nous a montré une clarté nucale qui était épaisse, la malformation cardiaque. On a eu tout plein de signes qui nous ont montré qu’on pouvait tranquillement se préparer à accueillir ce petit être, quoi qu’il en soit. En fait, la question n’a pas été sur le handicap, elle a été sur toi Alexandra, ta fatigue d’avoir un deuxième enfant.

     

    Alexandra

     

    En fait, au tout début de la grossesse, ce qui s’est passé, c’est que quand je suis tombée enceinte, Maxime, il commençait à peine à marcher. Puis, il était encore la nuit et ce n’était pas vraiment prévu que je tombe enceinte. J’ai eu très très peur de pas y arriver, d’être fatiguée. Je me suis dit mon dieu je vais mourir de fatigue si j’ai un autre bébé. Puis ça m’a pris du temps avant de savoir qu’est ce qu’on allait faire. Est-ce qu’on tentait l’aventure avec ce nouveau bébé déjà, aussi tôt.

     

    Il y avait comme en parallèle aussi quelque chose au fond de mes tripes qui me disait qu’il y avait quand même quelque chose de particulier qui se passait, mais j’étais incapable de poser des mots dessus. Puis à cette époque-là, je n’avais aucune idée de ce qui était en train de se passer dans mon ventre, dans mon utérus.

     

    Et j’ai eu la forte intuition qu’en fait, il fallait le garder ce bébé. Et d’ailleurs, ça a été très très vite un beau cadeau parce que pour Maxime, j’avais vécu quelque chose de particulier.

     

    Je n’avais pas senti, tu sais le gros coup de foudre que tu as au début quand tu as ton bébé qui arrive et que tu l’as sur ton ventre que tu le vois et que tu le rencontres. Je n’avais pas connu ça, puis c’était très dur pour moi.

     

    C’est en tombant enceinte de Léo que j’ai eu un jour, je me souviens vraiment de ce moment, on était sur la plage, j’étais avec lui et Léo, ça devait faire deux, trois mois qu’il était avec nous déjà dans le ventre. 

     

    Puis j’ai eu cette grosse vague-là d’amour qui m’a envahie et puis qui est venue ouvrir mon cœur. Et ces mots-là sont vraiment choisis parce que Léo est le symbole de ça. Donc c’était déjà un beau cadeau au départ que de réussir à accepter ce défi de devenir de nouveau parent, alors que c’était franchement pas facile de gérer la fatigue, les nuits et tout ça.

     

    Il nous a fait déjà un beau cadeau dès le départ. Mais c’est vrai qu’on a su très vite qu’il allait sûrement avoir un handicap, mais on s’était dit, qu’on ne voulait pas d’examen. Quoi qu’il se passe, on accueillera ce bébé.

     

    Mais à la deuxième échographie, on a vu la tête de l’échographiste. Puis ça n’avait vraiment pas l’air très drôle parce qu’il nous a annoncé cinq malformations cardiaques, puis la trisomie 21 très certainement, puis un œdème au cerveau, puis encore autre chose qu’on a oublié depuis, mais c’était la cata.

     

    Là on s’est dit ok, bon on va y aller petit à petit, on va voir. Lui nous avait dirigé du coup vers des médecins plus spécialisés, puis il fallait qu’on sache un peu plus ce qui se passait pour connaître le plan. Mais très vite, on nous a parlé de cette fameuse interruption médicale de grossesse.

     

    Dans l’instant où on m’a parlé de ça, j’ai su que ça n’allait pas exister pour nous en tout cas, pour moi. Ça a été vraiment très très fort. Je ne savais pas pourquoi, mais c’était ça qui était juste. Donc on a fait tous ces examens médicaux, mais en même temps, du coup, on a pris un suivi thérapeutique parce qu’on avait besoin d’être soutenus là-dedans. 

     

    Puis on a rencontré une thérapeute qu’on connaissait déjà, qui nous a donné un super chemin à suivre, qui nous a redonné un peu le pouvoir, parce qu’on s’est senti un peu baladé du coup dans tous ces examens, on a eu beaucoup beaucoup beaucoup d’examens, elle nous a suggéré en fait de lire les travaux de Joe Dispenza, je sais pas si tu connais, qui parle de sa propre guérison à lui, qu’il a pu avoir grâce à des visualisations. Et on s’est dit, ça ne nous coûte rien, puis on va commencer à faire ça et à visualiser chaque jour le cœur de notre bébé, puis ce oedème là au cerveau, puis cette troisième chose qui reste un mystère, je ne sais plus ce que c’était.

     

    On visualisait que ça allait aller. Et effectivement on a traversé toutes les étapes, des examens, puis tout s’est confirmé. Finalement ce n’était pas cinq mais c’était deux énormes malformations cardiaques mais qui étaient opérables.

     

    Et puis effectivement j’ai dû faire une amiosynthèse à 7 mois de grossesse et ça c’était vraiment pas drôle.

     

    Vincent

     

    Oui c’était pas drôle d’autant plus que c’était purement pour rassurer les médecins sur une potentielle trisomie. Après ils ne savaient pas laquelle au début, mais comme il y avait quand même plein de facteurs qui étaient déjà là, nous on était persuadés qu’il y allait avoir une trisomie, mais je crois qu’ils avaient vraiment envie de savoir laquelle c’était. Je crois qu’eux avaient peut-être plus besoin d’être rassurés parce que nous on voulait accueillir vraiment cet enfant.

     

    Alexandra

     

    Mais ça fait qu’avec tout ça, ça a pris bien deux mois tous les examens, puis j’étais enceinte de bien sept mois et demi quand on a eu tous les résultats.

     

    Malheureusement on est tombé sur des médecins qui connaissaient pas grand chose à la trisomie 21, ils nous ont dépeint un tableau vraiment noir, et puis ils avaient le stylo dans la main et ils nous demandaient, bon donc du coup l’avortement on le fait quand?

     

    Non en fait c’est pas possible. Et puis on nous a raconté vraiment des choses qui sont fausses en plus, que notre bébé pouvait mourir à la naissance, puis qu’il allait mourir de toute façon très tôt.

     

    Donc moi, je n’avais même pas donné naissance à mon enfant, que je me projetais déjà le voir mourir avant moi. C’était très étrange comme chose à vivre, cette projection, alors qu’il n’était même pas né.

     

    Je me rappelle très bien avoir dit à la sage-femme, puis avoir dit au médecin aussi, parce qu’on a quand même réussi à avoir un suivi sage-femme tout le long de la grossesse, en parallèle du suivi médical. 

     

    Malheureusement, la sage-femme n’était pas très bien informée non plus, puis elle nous parlait vraiment de ses éventualités de mort précoce, et en fait, quoi qu’il arrive, je veux lui donner naissance à cet enfant. Puis même s’il doit mourir à la naissance, j’ai quand même envie qu’il vive ce passage-là. On l’accompagnera là où on peut.

     

    On n’avait vraiment que cette vision-là du corps médical sur la trisomie 21, c’est-à-dire qu’on connaissait personne autour de nous qui vivait avec des enfants ou des adultes qui avaient ce handicap, donc on croyait un peu ce qu’on nous disait, mais moi je sentais vraiment au fond de moi que c’était pas vrai quoi, que c’était pas si terrible que ça et que ça allait bien aller, mais c’était très abstrait, c’était impalpable, j’arrivais même pas à le nommer, mais j’avais une grande confiance en moi et en fait c’est comme si aussi j’avais toute son énergie d’amour qu’on voit beaucoup aujourd’hui. C’était comme si elle me soutenait en tout cas et qu’elle était là à présent tout le temps et qui me donnait confiance et qui me transmettait cet amour que je pouvais sentir pour lui et de pouvoir l’accueillir, quoi qu’il arrive.

     

    Vincent

     

    Moi, je sais que ce qu’Alex, elle a ressenti dans ces moments-là, où en fait, on arrivait vers la naissance, Moi j’avais déjà parcouru plein d’explorations avec ma psyché.

     

    Moi j’ai vécu mon enfance, j’ai eu la possibilité de croiser un grand-oncle qui avait une trisomie 21 également. Et je l’ai croisé quelques fois, gamin. J’étais terrorisé par cet homme-là parce que par rapport à moi, il était plus grand et il était hyper nerveux. Il y a des moments où il pouvait péter des câbles et c’était impressionnant. Et plus quelques personnes que j’avais croisées, mais tellement peu. Donc il y avait vraiment ce gros référentiel en moi et le chemin était tout tracé pour avoir un enfant qui était comme ce grand-oncle, qui était effrayant à mes yeux d’enfant, au fond de moi.

     

    Et puis, il y avait aussi ce truc, ce serait pas un rééquilibrage qui va se passer en accueillant ce petit être avec sa différence?

     

    Et ouais, effectivement, qu’Alex puisse sentir Léo et puis me le transmettre parce que c’est vraiment elle qui me l’a transmis. Moi, je n’ai pas réussi à faire d’haptonomie avec Léo.

     

    Au début, il y a eu vraiment des craintes qui sont arrivées rapidement. Est-ce que je vais réussir à tomber en amour de cet enfant? Est-ce que je vais réussir à être en contact avec lui comme je n’arrivais pas à faire de la Préparation Affective à la Naissance avec lui?

     

    Je pense qu’à la toute fin j’ai réussi à poser un peu les mains sur le ventre d’Alex. C’est quand même assez fou ce qui peut se passer dans le cerveau parce que ça a été des oui non très réguliers quoi. Oui avec… C’était un grand oui mais il y avait plein de non qui arrivaient et qui faisaient que je pouvais des fois devenir fou.

     

    Et c’est vrai que les dernières semaines, ça a été ok go.

     

    Alexandra

     

    Je pense qu’il a facilité aussi les dernières semaines de grossesse. Il y a un espèce de truc qui s’est aligné quand même parce qu’on nous a dit bon, il va falloir aller accoucher à Bordeaux.

     

    Bordeaux, c’est à 300 km de chez nous. En me disant si tu accouches à l’hôpital à côté de chez toi, on va prendre ton bébé en hélico, puis il va partir et tu vas être séparé de lui. Donc, c’était hors question. Je dis ok, on va aller à Bordeaux.

     

    Donc on a rencontré l’équipe de Bordeaux, puis on y est allé avec Maxime, tous les trois et on lui a raconté la naissance de Maxime. Cette naissance s’est tellement bien passée, puis j’ai tellement été bien accompagnée, que moi je suis convaincue que je suis capable d’enfanter cet enfant physiologiquement, j’ai pas besoin de péridurale, puis je me sens capable de le faire à l’hôpital avec ces règles-là.

     

    Et je sais pas si c’était le fait qu’il y ait Maxime, ou que voilà, on était tellement porté par cette naissance qu’on avait vécu pas longtemps avant finalement, parce que Maxime il avait même pas deux ans encore.

     

    Elle nous a dit bon ok, je vais en parler. Il passa ça en staff, tu sais, elle a fait une réunion avec tous les autres médecins, puis elle a parlé de notre dossier, et ils ont accepté. Ils ont accepté que j’arrive en travail spontané et que j’accouche physiologiquement à l’hôpital. Mais il y avait un deal, il fallait qu’on trouve un logement deux semaines avant le terme à côté de l’hôpital. Alors nous, chez nous, au Pays Basque, on avait une doula, on avait prévu d’accoucher à la maison, puis on avait mis tout en place. On s’est dit, il nous faut une doula à Bordeaux en fait, parce que c’est là-bas qu’on va accoucher. Trois personnes de mon entourage, très différentes, me donnent le même nom. Et donc on appelle Élise, qui va devenir notre doula, On lui raconte un peu notre histoire. C’est incroyable parce qu’on venait à Bordeaux très souvent pour les examens et on lui dit « à telle date, on sera là pour un examen, est-ce que tu aurais un créneau pour nous recevoir » Je sais qu’elle était très, très prise. C’était une doula qui était bookée, bookée, bookée, vraiment beaucoup.

     

    Et elle nous a reçus à 20h dans son cabinet. Je me souviens, c’était tard le soir. Puis elle nous a écoutés. On est repartis et elle nous a dit « je vous accompagne ». Et ça nous a fait « wow ». On a la possibilité d’accoucher comme on veut, malgré le fait qu’on soit dans un énorme hôpital à Bordeaux.

     

    On avait tout ça qui s’était aligné, on était là, waouh, mais c’est génial, mais j’avais l’intuition quand même que deux semaines avant ce n’était pas assez et je me suis dit: il faut qu’on arrive trois semaines avant.

     

    On en parle à notre doula, puis elle nous dit: “venez à la maison”. Et donc on est arrivés chez notre doula, avec notre bébé, dans les bras, puis notre bébé dans le ventre.

     

    Elle nous a accueilli dans sa famille, avec son mari et ses trois enfants. C’était une très, très belle rencontre. Finalement, on a eu deux soirées pour faire connaissance parce que je me suis mise en travail le troisième jour.

     

    Donc l’intuition était quand même bonne, puis je me suis mise en travail le jour de l’anniversaire de Maxime, le jour de ses deux ans. Et quand j’ai commencé à avoir les premières contractions, je me suis dit « Ah non, je ne vais pas accoucher aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Maxime, ce n’est pas possible”.

     

    Je me suis dit bon ça va passer parce que c’était très doux au début mais quand même ça continue ça continue donc je réveille Vincent puis à 6h du matin je dis bon quand même je pense que tu peux aller réveiller Elise parce que ça ne s’arrête pas, ça s’intensifie.

     

    Vincent

     

    La doula qui se trouve dans la pièce d’à côté.

     

    Annie, ta Doula Ostéo

     

    C’est le rêve de toute doula ça, pas besoin d’aller dehors.

     

    Alexandra

     

    C’est clair. Alors on va la réveiller tôt, du coup à 6 heures du matin, puis elle vient, puis elle me fait couler un bain dans sa baignoire. Je me mets dans le bain et j’étais tellement bien. Elle m’accompagnait juste avec des sons. Si j’étais restée dans cette baignoire je pense que j’aurais eu un accouchement orgasmique vraiment. J’accueillais les vagues, c’était bon, je me sentais vraiment bien. Et j’ai passé du temps comme ça dans le bain, peut-être une demi-heure, une heure, mais je sais qu’au bout d’un moment, elle me dit « bon, là Alexandra, va falloir sortir du bain, puis y aller”.

     

    Et il devait être 7h du matin, parce qu’on avait une heure de route pour arriver à l’hôpital. Donc à 7h, elle m’a dit « bon, il faut sortir ».

     

    Donc je sors difficilement du bain, puis je m’habille, on réveille Maxime et donc Vincent se met au volant, Élise se met à côté de lui et puis on met Maxime dans son siège auto, puis moi à côté à l’arrière.

     

    Et 7h du matin, Maxime est tout content, c’était l’heure du petit-déjeuner. Alors je me suis retrouvée entre deux contractions à donner la compote à Maxime à l’arrière de la voiture.

     

    Puis on a pris la route et j’étais bien. Les contractions continuaient, mais ça allait. J’arrivais à parler à Maxime, à m’occuper de lui. Puis quand les contractions arrivaient, je me remettais dans ma bulle. Je me souviens que j’ai demandé à Vincent de mettre la playlist. Et là, on est arrivé à 8h du matin à Bordeaux, dans les bouchons du matin, des gens qui vont travailler. Et là, ça a commencé sérieusement à avancer. Je commençais à faire des bons sons bien graves, bien bas, j’étais en train de commencer à pousser.

     

    Donc là, Vincent, je le sentais un peu fébrile, puis je le vois poser la question à Alice, mais je ne crois pas que je peux prendre la voie de bus à côté parce que quand même je sens que c’est en train d’avancer.

     

    Puis Elise était là, non, non, c’est bon, ça va aller, t’inquiète. On est arrivé dix minutes après à la maternité, puis là, je n’étais plus capable de marcher, je n’étais plus capable de bouger. Et là, on est venu me chercher avec le fauteuil roulant, puis on m’a emmené en salle d’examen. Elle m’examine, puis elle me dit: “Ah, vous êtes dilatée à 6 cm, c’est pour bientôt, mais ça va aller ».

     

    Et là, j’ai une contraction qui vient et je me suis mise à hurler et elles m’ont mis sur le brancard, elles m’ont envoyé en salle d’accouchement et j’ai poussé. Puis Léo est sorti.

     

    Donc en fait, j’ai accouché 5 minutes après elle est arrivée à l’hôpital. Et puis c’est merveilleux  parce qu’en 5 minutes, elles ont pris le temps de lire le projet de naissance. Puis la sage-femme m’a dit « Ok, dans quelle position tu veux te mettre, vite, parce que là, ton bébé, il est en train d’arriver. » Et j’ai trouvé ça génial qu’elle me demande ça. Puis du coup, Je me suis mise dans la même position que pour Maxime, je me suis mise sur le côté.

     

    J’étais bien soutenue par les barreaux de lit d’hôpital. J’ai bien calé ma jambe dans les barreaux. Et là j’entends « Ah, il est coiffé » et il est arrivé dans sa petite poche, et puis il est sorti, et puis on a vu que c’était un garçon parce que c’était une surprise, on avait réussi à garder la surprise.

     

    Écoute, j’ai accouché trois fois, c’était l’accouchement le plus doux et le plus beau que j’ai eu parce que tout s’est fait vraiment en douceur, malgré le fait de rester une heure dans la voiture et de ne pas pouvoir être forcément dans ma bulle. J’étais vraiment bien à toutes les étapes, j’étais vraiment bien, je me sentais bien. Et je crois que c’est vraiment lui aussi qui m’a montré cette voie-là de la douceur, alors qu’il avait tellement dit: “Ah, ça fait mal” pour Maxime, j’avais eu mal, c’était dur.

     

    Mais là, j’ai même pas eu mal, même à la fin, quand j’ai poussé, j’ai pas eu mal. J’étais perturbée parce que c’est allé vite, puis arriver à l’hôpital, ça te ramène quand même à… C’est fini là, le vortex, le… J’étais plus dans ma bulle du tout. C’est resté quand même très doux et très fluide. C’était fou de vivre un accouchement finalement comme ça, si facile, si tranquille. Il pouvait y avoir plein de questions, mais je ne les ai jamais eues. J’ai toujours eu confiance, j’ai toujours senti que ça allait bien aller.

     

    Puis ça a bien été. J’ai bien fait d’écouter cet instinct, cette intuition-là qui m’a portée pendant toute la grossesse finalement.

     

    Vincent

     

    On a une hypothèse sur le fait que Léo, il soit passé crème dans le petit passage. C’est que c’est un enfant qui est super laxe. C’est une des caractéristiques des enfants qui ont une trisomie. Et en fait, on s’est dit qu’il s’était bien fondu dans le passage, avec ses petits bras et tout, avec tout son corps qui est très malléable. On s’est dit qu’il était passé comme un gymnaste, quoi, sans faire de douleur.

     

    Alexandra

     

    Oui, puis en même temps, c’est marrant parce que c’est vraiment à l’image de qui il est aujourd’hui, c’est-à-dire qu’il a une grande détermination, c’est un fonceur, il adore la vie, il adore apprendre, il adore découvrir. Donc j’ai vraiment l’impression que c’est comme ça qu’il est arrivé, genre « Allez, on y va”!

     

    Annie

     

    Comment s’est passé son arrivée, son accueil?

     

    Alexandra

     

    Alors après, ça a été moins funky, le « après », parce qu’ils me l’ont posé sur le ventre. Mais assez rapidement, ils ont coupé le cordon.

     

    Vincent l’a pris et ils sont partis avec lui, parce qu’il fallait absolument voir son cœur pour voir comment ça allait.

     

    Donc je me suis retrouvée avec mon placenta encore collé dans mon utérus, puis sans mon bébé, sans mon homme, sans personne, parce que vraiment je me souviens de mon bébé tout chaud contre moi, puis d’un coup plus rien.

     

    Et donc Vincent est parti, et donc je me retrouve toute seule dans cette salle d’accouchement, avec une sage-femme qui est entre mes jambes, puis qui commence à tirer sur le cordon, puis une autre qui met ses mains sur mon ventre, qui commence à appuyer.

     

    Et là, je me suis souvenu de ce qui s’est passé pour la naissance de Maxime et j’ai dit non, plus jamais, plus jamais on me sort le placenta comme ça. Donc j’ai négocié dur avec les sages-femmes. Et celles qui posaient les mains sur mon ventre, j’ai enlevé ses mains tout le temps, je lui disais non, vous me laissez faire, j’ai pas mon bébé, j’ai zéro ocytocine, j’ai besoin d’être concentré, laissez-moi faire, je vais y arriver toute seule.

     

    Puis celle qui était entre mes jambes me disait mais tu sais, si tu n’y arrives pas en un quart d’heure, on t’emmène au bloc, puis c’est anesthésie générale parce que comme t’as pas eu de péridurale, on peut pas aller le chercher à la main.

     

    Donc je fermais les yeux puis j’essayais de visualiser ce placenta qui se décollait. J’étais allongée sur le dos. Déjà, je n’étais pas aidée par la position.

     

    Ça m’a pris trois quarts d’heure pour sortir mon placenta. Léo n’était toujours pas revenu. J’étais toujours toute seule. Elles m’ont laissé faire. Je pense qu’elles ont été très patientes parce que leur protocole c’est pas du tout ça.

     

    À l’hôpital en France, c’est au bout d’un quart d’heure, t’as pas sorti ton placenta, on vient te le chercher. Et j’ai réussi quand même toute seule. 

     

    J’ai beaucoup poussé les mains de la sage-femme qui voulait m’appuyer sur le ventre. J’ai massé moi-même mon ventre. Puis bon, j’ai réussi à sortir ce placenta, c’était vraiment pas facile.

     

    Et puis juste après ça, Vincent est revenu avec Léo et c’est là que Maxime est arrivé avec la doula et qu’on s’est retrouvés, du coup, les cinq. Là, c’était parti pour cinq mois d’hôpital.

     

    Vincent

     

    Moi, je reçois mon bébé tout chaud et on me dit «suivez cette personne». Je suis la personne dans les couloirs blafards de l’hôpital. Encore heureux, il me le laissait dans les bras.

     

    Et on me dit, allez dans cette salle, posez votre enfant ici. Il va vivre sa première échographie sur lui-même. Il en avait déjà vécu des dizaines par le biais du ventre d’Alex, mais là c’était sa première échographie directe. Et donc je le pose sur la table pour l’examen, et là je vois un professeur qui arrive avec tous ces élèves qui étaient là pour apprendre.

     

    J’étais focus sur Léo et j’étais là, ok. Il y a eu vraiment cet instant là où j’ai pu l’admirer, le découvrir, voir son visage, voir son corps, savoir quelle était la différence.

     

    Ouh là là, mais en fait c’est ça, ça amène un enfant qui est comme ça, la trisomie, mais en fait, ouais, il y avait un truc d’assez fascinant dans cet enfant qui était à la fois… En fait je cherchais la différence de la trisomie, j’étais là mais c’est quoi. Mais globalement on voyait qu’il n’était pas un enfant dans les normes, dans les proportions classiques. Il était comme en exposition sur cette table là et du coup j’en ai profité pour l’admirer et découvrir pour la première fois mon petit garçon, mon deuxième petit garçon. Donc c’était assez émouvant à ce moment là pour moi, d’avoir ce temps privilégié avec lui.

     

    Je pense que je l’ai eu plus longtemps sous mes yeux qu’Alex ne l’a vu sur son ventre en fait, parce qu’ils l’ont vraiment enlevé, mais très vite pour aller faire cet examen.

     

    Au passage, quelques jours après, un des professeurs nous racontait que la mécanique du coeur fait qu’il y a largement du temps avant que les fluides, parce qu’en fait le problème c’était que des fluides dans le coeur, le sang vicié, le sang neuf se mélangeait et donc du coup au bout d’un moment ils ont du mal à respirer quoi et ça tire sur les poumons et c’est dangereux par ça.

     

    Mais en fait ils nous ont dit non non mais en vrai ça vous avez quelques semaines avant que ça se mette en place. En fait, en vrai, on aurait très bien pu accoucher à la maison, aller faire un premier examen à l’hôpital de là où on habite à Bayonne, puis aller voir les superstars du chœur à Bordeaux. Tout ça dans un laps de temps de quelques jours en fait. Ils nous l’ont raconté après.

     

    Quand on est revenu dans la chambre, on avait une Alex qui était un peu sonnée par tout ce temps qu’elle a dû passer à sortir le placenta seule. Et quand on est arrivé, il y a eu de nouveau la découverte de Léo par toute la famille. Donc ça, c’était un deuxième bon moment, une espèce de deuxième petite naissance, des retrouvailles, oui.

     

    Annie, ta Doula Ostéo

     

    Et justement, votre famille, à travers tout ça, à travers l’annonce de ce petit bébé-là que vous alliez accueillir, comment s’est passé ça au niveau de votre entourage?

     

    Alexandra

     

    Alors ça n’a pas été facile. Moi, mes parents ne comprenaient pas pourquoi on voulait garder ce bébé. Puis j’ai carrément mon père qui a fait le déplacement de Paris jusqu’au Pays Basque pour venir me raisonner, nous ramener à la raison pour qu’on avorte.

     

    La vie nous a offert le cadeau de vraiment pouvoir affirmer très fort qu’on voulait ce bébé, parce qu’on nous a très fort demandé de ne pas le garder.

     

    Donc moi j’avais vraiment ma mère et mon père qui étaient pas d’accord du tout pour qu’on garde ce bébé, puis ils nous ont dit vraiment des choses très difficiles. Puis c’était le cas aussi des parents de Vincent, que j’imagine que tout ce monde-là avait très peur, puis qu’ils ne connaissaient pas, comme nous. Mais on a venu appuyer sur le «pensez à Maxime», «vous allez gâcher sa vie», «pensez à nous, vous allez gâcher la nôtre». Ils ont essayé d’appuyer un peu sur tous les boutons qui pouvaient être activables chez nous pour vraiment qu’on retrouve la raison, parce que c’était vraiment ça leur pensée.

     

    Et les sœurs de Vincent c’était pareil, il y avait mon grand frère qui nous soutenait beaucoup et ça, ça m’a fait beaucoup de bien. Il était très fiers qu’on garde ce bébé et d’accueillir ce bébé dans leur famille et ça, c’était merveilleux pour nous parce que, mis à part nos amis proches, c’est les seuls membres de nos familles qui ont été soutenants pour nous.

     

    C’est-à-dire que du côté de la famille de Vincent, ses sœurs et ses parents ne comprenaient pas et puis vraiment étaient fâchés, et mes parents aussi. Puis voilà, donc ça a été très compliqué de leur faire entendre que c’était notre choix. Et qu’on comprenait que ça allait avoir un impact sur leur vie, mais que ça restait notre bébé. Puis c’est à nous de choisir de le mettre au monde ou pas.

     

    Vincent

     

    Ils avaient super la trouille, ils avaient très peur et ils ne connaissaient pas. Et ils avaient pas ce petit être auprès d’eux. Dans ma famille, on est sur le papier très famille, solidaires, à l’écoute, en compréhension. Et au final, moi là, j’ai découvert que leur crainte était finalement au dessus de l’écoute de ce que nous on voulait. On est retombé en enfance en fait, on était des enfants. C’est à dire qu’on était, on faisait une connerie et il fallait absolument que qu’on nous remette dans le droit chemin, qu’on arrête de faire nos bêtises. Bon, ça n’a pas été fastoche, ça a été beaucoup d’aller-retour, beaucoup de désillusions et de peine. Je ne sais pas comment c’est au Québec, mais en France, 99,9% des bébés qui sont diagnostiqués en antenne natale avec la trisomie 21 sont avortés. Et ceux qui n’avortent pas, c’est les catholiques en général, parce qu’ils sont contre l’avortement.

     

    Ça été posé comme question. Et ça fait que c’était assez difficile. Pendant tout ce temps-là, j’ai quand même été en quête de parents qui pouvaient être… Vivre avec des enfants qui ont une trisomie 21, mais dans ce choix-là, c’est-à-dire je fais un choix du cœur, je ne fais pas un choix de religion ou de conditionnement, ou alors ceux qui l’ont appris à la naissance.

     

    Je n’ai pas trouvé encore. Appel à ceux qui nous écoutent, si vous avez accueilli un enfant qui a une trisomie 21 et que vous le saviez en antenne natale, on est intéressés. Parce que ce n’est pas la même histoire. Bon, on a de toute façon tous notre histoire, avec nos bébés quels qu’ils soient.

     

    On se sentait vraiment seul dans ce choix-là. C’était vraiment pas commun. On a comme validé un statut de hors normes et un peu fou. C’était vraiment vraiment pas commun. Autour de nous, on n’a pas trouvé d’histoire comme ça.

     

    Annie, ta Doula Ostéo

     

    Est-ce qu’avec le temps qui a passé, puis avec Léo qui grandit et qui a enrichi votre vie de toutes sortes de façons, est-ce qu’il y a eu une réconciliation de cœur avec vos familles?

     

    Alexandra

     

    Oui, clairement. Quand il est né, alors il a longtemps été… Donc il est resté cinq mois à l’hôpital, donc pendant tout ce temps-là, il n’était pas en lien avec nos familles.

     

    Vincent

     

    Nous non plus d’ailleurs, les familles n’étaient pas en lien avec nous.

     

    Alexandra

     

    Il y a vraiment eu ces premiers mois là qui étaient difficiles. Je pense qu’il se disait aussi au fond d’eux, on ne sait pas s’il va vivre ce bébé. 

     

    On va laisser passer l’opération, la chirurgie cardiaque, puis on verra après. Il a été opéré, il avait trois mois et demi, puis il est resté encore un mois et demi à l’hôpital. On est sortis de l’hôpital et puis, voilà, on a commencé à… Alors moi, j’avais passé cinq mois dans un tunnel à voir personne, à tirer mon lait, à allaiter toutes les deux heures.

     

    Quand il est sorti de l’hôpital, je pense que le week-end après, je l’avais en écharpe, je suis partie. Je suis partie, je me souviens, à une réunion de femmes. J’avais besoin de prendre l’air, de voir du monde.

     

    Et puis rapidement, on est partis tous les quatre. On a pris notre camion, puis on est partis un mois en vadrouille. On a pris l’air, quoi. Après être enfermés dans des chambres d’hôpital pendant si longtemps.

     

    Pour montrer à Léo, c’était pas ça la vie, regarde ce que c’est le monde, c’est pas des néons et puis des gens en blouse blanche. Et donc il a commencé à rencontrer nos familles et petit à petit le lien s’est créé puis se crée encore en fait. C’est une histoire de tous les jours cette affaire, parce que nous même on apprend ce que c’est la trisomie avec lui.

     

    Plus il grandit plus on apprend et puis c’est pareil pour notre entourage. Donc il y a eu un accueil beaucoup plus dans le cœur, en tout cas de la part de la famille de Vincent, de ses sœurs, de ses parents, qui étaient pleins de questionnements au début. Et de mon côté, il y a mon père qui a fait vraiment un très beau pas et qui a écrit un beau lien avec lui, qui était assez inattendu, et ce qui est très beau à voir. Et ma mère, c’est beau aussi parce qu’on est loin et puis on ne se voit pas beaucoup, mais par petites touches comme ça, elle nous envoie un bouquin, puis elle nous envoie un article ou un podcast, des trucs tu sais qui parlent de la trisomie 21, on voit en fait qu’elle s’intéresse et puis qu’elle essaye de comprendre ce que c’est.

     

    Vincent

     

    Là où c’est vrai que, moi je reviens sur la période de l’hospitalisation, les 15 jours qu’on a vécu à Bordeaux, on était en maison des familles parce qu’on était loin de chez nous, donc on a été accueilli par un programme en France de la maison des familles.

     

    Alexandra

     

    Les amis qui sont venus de loin, ils ont fait de la route pour venir, pour s’occuper de Maxime, parce que c’est vrai qu’on avait Maxime avec nous, puis du coup on pouvait jamais être tous les deux auprès de Léo en même temps, donc on se relayait, c’est souvent moi qui allais tôt le matin parce qu’il fallait que je tire mon lait, là le matin où t’as le plus de lait.

     

    Si je ne le tirais pas dans le service, ils ne donnaient pas mon lait. C’était toute une affaire. Donc là, je m’occupais de Maxime, puis Vincent partait pour voir Léo, puis il revenait, puis je repartais. Enfin, c’était infernal.

     

    On a ses amis qui sont venus du Pays Basque pour venir nous voir. Et d’ailleurs, de Dordogne, il y a du monde qui est venu quand même nous voir, nous soutenir. Et ça a fait tellement de bien parce qu’on avait l’impression de vivre sur une autre planète.

     

    Vincent

     

    Dans cette maison des familles, on était avec d’autres familles qui vivaient la même chose et du coup ça c’était soutenant. Et on voyait beaucoup des personnes qui avaient toute leur famille là, c’était beau à voir.

     

    Alexandra

     

    Ce sont les cultures maghrébines qui ont ça, ça faisait tellement envie. Les parents, les grands-parents, les oncles, les tantes, ils étaient tous là ensemble, ils préparaient les repas pour les parents qui passaient la journée à l’hôpital auprès de leurs enfants, ils s’occupaient des autres enfants. C’était beau.

     

    À côté de quoi on est passé, nous, notre culture européenne, dissociée de nos familles, de notre tribu. C’était beau de voir comme ça pouvait être vécu dans d’autres familles. Et puis, il y en avait qui étaient très seules, comme nous aussi.

     

    Vincent

     

    Moi, ce qui m’a fait halluciner, c’est aussi le soutien des femmes de Bordeaux. C’était assez bluffant. 

     

    Alexandra

     

    En fait, je connaissais une femme à Bordeaux, de l’époque où j’avais ma boutique de vêtements équitables et bio à Bayonne, bien avant d’avoir Maxime.

     

    Elle est venue m’interviewer, puis on avait gardé un lien. Et quand j’ai su qu’on allait venir à Bordeaux pour un long moment, en fait j’ai fait appel à ce cercle de femmes qui étaient à Bordeaux en leur disant ben voilà on vient du Pays Basque, on a un enfant qui est hospitalisé, on sait pas combien de temps on va rester ici. On se sent seul et on a besoin d’aide. Donc ce que vous voulez, on prend.

     

    Et il y a des femmes qu’on n’avait jamais vues avant, qu’on n’a jamais revues après, qui sont venues nous apporter à manger, partager un café avec nous, parler. C’était fou, ce réseau de femmes là qui a été un cadeau énorme parce qu’on avait tellement besoin d’aide et puis ça a été un vrai challenge pour moi parce que moi jamais dans ma vie j’ai demandé de l’aide, jamais. Il a fallu que j’aie un Léo pour réussir à demander de l’aide. Et puis pour voir en fait que c’est génial de demander de l’aide parce qu’on en a. C’est même au-delà de ce qu’on peut penser, quoi.

     

    Annie, ta Doula Ostéo

     

    Parmi les motivations que tu m’as données, Alex, quand on fasse l’enregistrement de ce podcast-là, il y avait le fait que tu voulais dire aux gens qu’est-ce que c’est que de vivre, d’accueillir un enfant qui a un chromosome en plus.

     

    Alexandra

     

    Bien oui, parce qu’aujourd’hui, j’entends qu’on a de plus en plus ces discours-là et ça fait du bien. En France, ça arrive de plus en plus. Mais c’est vrai que si on reste collé à ce que les médecins nous disent, en effet, je comprends qu’on puisse avoir très, très peur, qu’on ne se sente pas capable d’accueillir un enfant, qui a cette différence-là.

     

    Ça va faire 6 ans qu’on vit avec lui, mais j’aurais jamais pu vivre sans cet enfant, en fait. C’est pas possible. Il nous apporte tellement de choses. Moi, j’ai l’impression de découvrir un monde différent, en fait. Carrément, un monde différent, qui est beaucoup plus doux, beaucoup plus pur que ce qu’on a pu connaître jusqu’ici.

     

    Et en fait, on nous a dit un jour qu’il n’y avait pas de spectre dans la trisomie, comme il peut y avoir dans l’autisme par exemple, c’est-à-dire qu’il n’y a pas des degrés de trisomie plus ou moins forts, et qu’en fait c’est l’environnement qui fait qu’un enfant qui a une trisomie va développer ou pas certaines compétences dans sa vie. Et alors moi quand j’ai entendu ça je me suis dit, waouh, génial parce que l’environnement on peut complètement avoir un impact dessus.

     

    Donc on a mis beaucoup de choses en place pour que ce bébé, déjà qu’il se sente accueilli, qu’il se sente à sa place, et puis lui donner toutes les chances possibles pour qu’il puisse faire ce qu’il a envie de faire en fait. Parce qu’on a continué à nous dire, puis on continue à nous dire aujourd’hui que votre enfant, il ne sera jamais capable de faire ci, ou il ne sera jamais capable de faire ça. Moi, à chaque fois que j’entends ça, je me dis non, c’est pas vrai et c’est pas possible, parce qu’il y a des choses qu’on m’a dit qu’il ne ferait jamais qu’il a faites.

     

    Parce qu’il a été sondé pendant cinq mois, il est sorti de l’hôpital, il avait toujours la sonde, et puis on me fliquait sur l’allaitement, on le pesait avant, après les tétés, pour voir s’il prenait bien le sein, puis selon eux ça marchait pas, il prenait pas assez.

     

    Et donc il a été de nouveau hospitalisé à la maison, avec toutes les machines qu’il fallait pour passer le lait dans la sonde et donc on nous a tout réinstallé le matériel. Le premier jour je me souviens on arrive à la maison, ils installent tout, la puéricultrice revient, nous redit tout ce qu’on savait déjà parce qu’il avait passé deux mois à l’hôpital, comme ça, à la maison.

     

    Et elle a claqué la porte, puis j’ai regardé Vincent, je lui ai dit « alors là, va falloir que tu me fasses confiance. Puis j’ai arraché la somme de Léo et je l’ai collé à mon sein. Et je l’ai gardé collé à moi pendant deux semaines, comme un nouveau-né en fait, comme un démarrage d’allaitement. Et à chaque fois que la puéricultrice venait, elle voulait le peser. Puis on disait non, il dort, on ne peut pas, on ne va pas le réveiller, mais tout va bien, on l’a pesé, il continue à grossir.

     

    On leur a dit, il a arraché une nuit sa sonde tout seul, puis je l’ai mis au sein et ça a marché. Donc on continue comme ça. On a menti. Et on a menti parce qu’en plus il a perdu un peu de poids au début. Parce que forcément moi j’avais une lactation de tire-lait, et puis lui il fallait qu’il prenne son rythme de tétées vraiment comme un nouveau-né. Et donc il a perdu quelques grammes qu’il a repris après.

     

    J’avais confiance, je savais que ça allait aller, je l’ai gardé collé à moi, Je savais que ça allait le faire, mais tout le monde nous avait dit, les pédiatres m’ont toujours regardé avec des yeux ronds comme ça, « Mais pourquoi vous continuez à tirer votre lait, madame? Votre bébé ne tétera jamais. » Et l’orthophoniste nous disait ça, enfin voilà, on a beaucoup dit « Votre bébé ne tétera jamais.”

     

    Bien Léo, il a tété. Après cinq mois de sonde, il a tété, puis il a tété après ça pendant un an encore, et puis c’est lui qui a choisi d’arrêter tout seul comme un grand, mais il a tété.

     

    En fait, je me suis rendu compte en ayant Léo que je mettais beaucoup de pression sur Maxime, inconsciemment, de grandir, de réussir, d’être performant, de faire des études un jour, d’avoir un métier qui lui plaît. Cette pression sociale avec laquelle on navigue tous. Et j’ai réalisé que Léo il ne l’avait pas. Et que du coup, comme il ne l’avait pas, il pourrait être qui il veut en fait dans la vie. Il n’aura jamais cette pression, cette attente de la société de devenir quelqu’un parce que la majorité de la société pense qu’il ne deviendra rien, là où moi je suis persuadée qu’il pourra faire en fait ce qu’il veut. Et je sais que ça fait partie de cet environnement-là, que mes pensées aussi, elles ont un impact sur son développement et que plus je vais avoir foi dans qui il est et ce qu’il est capable de faire, plus il va y arriver.

     

    Et aujourd’hui, le fait est qu’il va avoir 6 ans et qu’il épate tout le monde. Tous nos thérapeutes, tous les gens qu’on voit, qu’on croise, nous disent que c’est un petit garçon qui est très éveillé, qui a développé déjà plein de compétences qu’il aurait dû développer peut-être plus tard ou peut-être jamais. On l’a même inscrit dans une école bilingue, il connaît le français parce que c’est notre langue maternelle, mais il est dans une école basque aussi, il est en train d’apprendre le basque. Et puis on a vécu 6 mois aux Etats-Unis aussi l’année dernière, puis il commençait à apprendre l’anglais tranquillement, il disait des mots en anglais, puis il répondait quand on lui parlait anglais. Et ça, pareil, des orthophonistes, on se dit « ah là là, mais non, c’est horrible, vous lui rajoutez des difficultés, il n’y arrivera pas », mais il s’en sort super bien. Ayez confiance en fait dans votre enfant et c’est pas parce qu’il arrive avec ce chromosome en plus qu’il va être moins capable de faire les choses. Il va vous apprendre à prendre le temps, à contempler, à ralentir en fait. Et ça on en a tellement besoin.

     

    Voilà c’est un tellement beau cadeau de le voir tous les jours, comme il relationne avec les autres, comme il découvre le monde, comme il grandit. Oui c’est très différent, mais tant mieux en fait. Oui, on a besoin de cette différence-là tellement.

     

    Annie, ta Doula Ostéo

     

    Parmi les arguments que les gens vous ont donnés pendant la grossesse, il y avait l’argument de dire « et pour Maxime, ça va être terrible d’accueillir un petit frère ou une petite soeur qui a cette différence-là ». Maintenant, vous avez le recul. Est-ce que finalement, pour Maxime, c’est terrible d’avoir Léo dans la famille?

     

    Alexandra

     

    En fait, ce n’est pas un sujet chez nous. On peut en parler parfois, parce que ce n’est pas du tout tabou, mais ce n’est pas un sujet dans le sens où c’est normal.

     

    Léo est arrivé, Maxime avait deux ans. Donc, en fait, à un endroit, il a toujours connu son petit frère. Et pour lui, son petit frère, c’est son petit frère. Maxime, il va avoir huit ans. Il constate bien que les autres enfants de 6 ans, ils ne font pas du tout les mêmes choses que Léo qui va avoir 6 ans. Mais en fait, ce n’est pas un problème, c’est pas un sujet, c’est comme ça.

     

    Mais tout comme j’ai porté un bébé pour un couple d’hommes l’année dernière, puis Maxime pour lui c’était normal en fait. Bien oui, maman elle a le bébé de Yann et Alex dans le ventre, et puis le bébé est né, puis il est parti avec eux.

     

    Il est encore à un âge où il n’est pas conditionné par ce que la société peut penser ou ce que nous on peut transmettre en tant qu’adultes en fait.

     

    Vincent

     

    Tant que nous on est alignés, en fait il est aligné quoi. Il ne va pas se questionner parce que pour nous c’est ok.

     

    Alexandra

     

    Il n’y a pas vraiment de problématiques particulières liées au handicap en fait.

     

    Vincent

     

    Non, ce qui peut être lié au handicap et qui peut être un peu source peut-être de stress pour Maxime, c’est ce dont tu parlais tout à l’heure, ces attentes qu’on a pour Maxime qu’on n’a pas pour Léo. Même si on essaye de déconstruire ça, malgré tout on l’a. Donc je pense que peut-être pas encore à 8 ans, mais il y a un endroit où il va sentir ce truc-là, mais peut-être que pour lui ce sera OK aussi.

     

    Alexandra

     

    Maxime, il est très protecteur. Il est arrivé, je pense, avec le caractère et les qualités qu’il faut pour un petit frère comme Léo.  Mais il est très protecteur et on a envie quand même qu’il puisse vivre sa vie d’enfant, puis sa vie d’adulte, le plus librement possible. On garde quand même beaucoup cette vigilance à ne pas créer quelque chose de l’ordre d’une responsabilité particulière ou d’un rôle particulier parce que son frère a ce handicap-là.

     

    Ce n’est pas nier le handicap de Léo, mais c’est juste rouler avec. Mais on essaye de faire en sorte que Maxime ait le moins d’impact possible par rapport à ce que nous, ça amène dans notre vie, parce que forcément, ça amène quand même une vie différente.

     

    Vincent

     

    Oui par contre on lui donne des responsabilités, un rôle de grand frère. C’est à dire qu’il y a des fois où on va lui dire, Léo il est plus petit que toi et puis en plus comme il va moins vite, il est encore plus petit que ce qu’il devrait être. Il n’a pas que deux ans de moins que toi, en fait, il en a peut-être un peu plus.

     

    Et du coup, comme c’est un petit frère, soit vigilant à ça à ce moment-là. Et par contre, là, on te demande de faire ça, mais comme c’était un grand frère. On ne le préserve pas de ça non plus. On ne va pas se dire «comme c’est Léo, alors Maxime, on te donne zéro responsabilité». On lui donne aussi des responsabilités de grand frère. Il est dans une forme de normalité par rapport à ses copains ou à son entourage.

     

    Annie, ta Doula Ostéo

     

    Vous avez donc fait des choix assez atypiques à plusieurs niveaux. Vous êtes tous les deux français, vous êtes venus au Québec pendant quelques temps, c’est grâce à ça que j’ai pu vous rencontrer. Vous avez donc accueilli Léo avec son chromosome en plus. Tu as mentionné rapidement, Alexandra, que tu avais porté un bébé, donc tu as été une mère porteuse pour un couple d’amis. Et là, on pourrait ajouter à cette liste-là que vous êtes des… Est-ce qu’on peut dire des doulas, un couple de doulas, est-ce qu’on peut nommer ça comme ça?

    Intéressée à ce que vous me parliez, puis peut-être qu’il y a des gens qui nous écoutent qui sont dans votre région et qui seraient intéressés à être accompagnées, comment ça fonctionne un couple de doulas?

     

    Alexandra

     

    Bien, en fait, moi donc il y a trois ans, il y a un couple d’amis qui m’a demandé d’être leur doula alors que j’étais pas du tout doula. J’étais dans la relation d’aide mais j’étais pas du tout doula. Et ça m’a surprise sur le coup, mais j’ai dit oui parce que mon cœur avait vraiment envie d’y aller. Puis quand je me suis retrouvée à la naissance de leur bébé, j’étais comme un poisson dans l’eau, j’avais l’impression que j’avais fait ça toute ma vie. Puis en fait, un autre couple m’a appelé, m’a dit « dis donc, tu voudrais pas être notre doula? Puis un autre couple, puis un autre couple, puis un autre couple, puis un autre couple, puis en fait, ça ne s’arrête plus.

     

    Et au fil des accompagnements que j’ai faits, là, j’arrive à la génération où, tu sais, j’ai accompagné le premier bébé, puis maintenant, il y a les petits frères et les petites sœurs qui naissent. Et j’ai eu pas mal de femmes qui, sur leur deuxième grossesse, étaient au bout du rouleau, étaient épuisées et manquaient de soutien, et notamment de soutien de la part du papa.

     

    Moi je me sens tout à fait capable d’accompagner les femmes à devenir mère, mais accompagner les hommes à devenir père c’est quand même quelque chose, puis je crois que ça mériterait un homme pour accompagner les hommes. Les pères d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec nos pères à nous. Ils ont une espèce de place à retrouver qui est très différente et ce n’est pas facile pour eux. Alors je me suis mise à réfléchir et en fait je cherchais un homme qui était non seulement thérapeute mais qui était inspirant en tant que père. Que moi je voyais comme un père qui avait réussi à prendre sa place, puis à être l’image de ce soutien dont la femme a besoin. Et je trouvais pas à chaque fois, oui j’avais un bon thérapeute, mais le papa derrière il avait déconné à un endroit, donc ça ne marchait pas.

     

    Et on est partis en stage tous les deux au mois d’avril de cette année. Et pendant le stage, ça m’est venu comme une fulgurance. Je me suis dit, mais voyons, tu l’as à côté de toi. C’est évident en fait, le père que tu recherches, inspirant, qui peut accompagner les hommes à devenir les pères qu’ils veulent être, c’est lui. Mais bon, lui, à la base, il est charpentier. En fait, j’avais peur qu’il ait peur.

     

    Parce que moi, je voyais tellement ses qualités d’écoute qu’il a, puis de présence, puis de… Et ce qu’il peut inspirer à travers son expérience. Et donc j’ai osé lui demander, en fait. Je lui ai dit écoute, ce n’est plus possible pour moi d’accompagner toute seule parce que j’ai l’impression que je fais que la moitié du job, ce sont  des parents que j’accompagne et j’ai besoin d’un homme pour accompagner les hommes avec moi.

     

    Mais avant ça, en organisant les Blessing Ways pour les mamans, à chaque fois je leur proposais « est-ce que tu voudrais que ton homme, il ait aussi un rituel de passage? Par quatre fois, les hommes ont dit oui. Et donc Vincent a fait les blessing way de ces hommes-là. Donc il avait quand même déjà mis un petit pied dans la marmite.

     

    Et je voyais ce que ça faisait après, dans le couple, à la naissance, je voyais vraiment l’impact de ça. Et donc je lui ai proposé au mois d’avril, et étonnamment il a dit oui tout de suite, mais sans crainte, sans peur. 

     

    Moi j’aime bien dire que je suis une doula punk un peu. Je n’ai même pas eu le temps de me former, parce que c’est ma tribu, ma communauté qui m’a choisi pour faire ça.

     

    Mais ça m’a pris du temps avant d’assumer ça, puis de le dire, parce que tout se faisait en souterrain, en bouche à oreille. On m’appelle comme ça, que par le bouche à oreille. Et donc de faire de Vincent un homme aussi, qu’on fasse couple ensemble, de doulas, alors que finalement, en quoi on est légitime de faire ça Mais je dis, on a traversé tellement de choses, c’est pas possible que ça peut peut-être aider deux, trois personnes au passage quand même, puis même si ça aide qu’une personne, ce sera déjà énorme.

     

    Et donc à ce moment-là, moi j’avais deux couples en accompagnement, et donc on leur a proposé à tous les deux de faire l’accompagnement en couple. Le premier couple qu’on a accompagné, je les avais déjà accompagnés sur leur première grossesse, Donc Vincent a suivi le papa pour le deuxième accouchement.

     

    Vincent n’est pas là sur les accouchements, il n’y a que moi, mais lui dans le suivi de la grossesse, puis dans le suivi postpartum. Écoute la posture de ce papa. C’était le jour et la nuit entre le premier et le deuxième bébé. C’était fou. Alors lui-même il a cheminé bien évidemment. Il a vécu sa première paternité. Mais il y avait vraiment quelque chose qui avait bougé aussi fondamentalement dans sa manière d’être présent à sa femme pendant l’accouchement et ça c’est pour moi c’était vraiment ce qu’il avait vécu avec Vincent avant le Blessing Ouais, puis l’accompagnement qu’il a eu avant. Et voilà je vois que en fait c’était tellement évident de faire ça.

     

    Vincent

     

    Moi ce que j’ai remarqué c’est que les femmes, elles ont, enfin vous, vous avez vraiment la possibilité avec comment vous êtes constituée à l’intérieur, avec comment la société vous modèle aussi, d’aller demander de l’aide et vous en privez pas et c’est super chouette à voir ça. Et de voir les communautés de femmes et particulièrement autour de la naissance, c’est vraiment super beau à voir. Et les Blessing way, c’est vraiment un moment où il y a même une forme de jalousie en fait.  Il est beau quoi ce moment.

     

    Moi quand on m’a proposé d’organiser ça je me suis dit putain les gars ils vont… Ok ça va les chambouler parce que le côté rituel il est très peu présent dans notre société et encore moins pour les hommes, mais je me suis dit en fait c’est tellement chouette qu’ils vont accrocher quoi et de fait, et moi il y a une Blessing way en particulier qui m’a marqué, c’est de les accueillir à la maison et de l’accueillir lui avec ses amis et ses frangins, c’était bouleversant.

     

    Et du coup de vivre ça et puis de côtoyer Alex au quotidien dans son boulot de doula, de voir comment en fait c’est son coeur qui parle, elle a été effectivement cooptée par la communauté.

     

    Arrivée à un moment je l’ai vu vraiment peiner, puis c’est ce qu’elle m’a exprimé, de dire mais putain c’est pas possible quoi, d’avoir des mères qui sont là, qui donnent tout. Et en fait, elles sont seules, elles s’épuisent, et voilà, de dire, mais il faut que les pères, ils se bougent le cul, quoi. Mais sauf qu’elle n’arrivait pas à les toucher, ses papas.

     

    Enfin, moi, d’avoir mis beaucoup d’énergie dans… Et puis beaucoup d’amour aussi dans l’accueil de mes enfants, beaucoup de temps, enfin c’était vraiment quelque chose qui était important pour moi, et d’avoir “bugué” sur plein de moments avec Alex, dans le soutien, etc.

     

    De ne pas avoir été moi-même accompagné, d’avoir plein de carences, je me suis dit, mais en fait c’est un cadeau qu’elle fait aux familles et qu’elle me fait à moi d’aller découvrir aussi tout ce que je peux améliorer en moi et tout ce que je peux améliorer dans la vie des papas et puis en fait pour les enfants quoi. Le môme a deux parents à l’origine du truc. Après voilà il y a tous ceux qui ont deux parents du même sexe, Il y a tous ceux qui ont deux parents du même sexe, il y a tous ceux qui sont monoparentaux aussi, et qui sont encore plus démunis, et qui ont encore besoin d’une communauté, d’un village quoi. Mais c’est vrai que cette histoire de village, on l’a plus. Donc voilà, moi je sais que si je peux mettre ma pierre à l’édifice, maintenant ça me réjouit.

     

    Et en plus, par chance, quand je suis dans ce rôle de doulo, on ne sait pas trop comment dire autre, pour moi doula c’est vraiment les femmes qui accompagnent les femmes, puis c’est un métier qui apporte tellement de connaissances que moi je n’ai pas, que je n’arrive pas à m’auto-proclamer doula. Donc doulo, je trouve que ça fait un peu plus ridicule, puis ça me va bien.

     

    Il y a quelques jours, je discutais avec une femme à l’océan, puis je lui racontais ça, elle me questionnait de ce que je faisais, et donc je lui disais, j’ai arrêté mon boulot de charpentier, puis maintenant, je suis doulo. Elle me dit, ah oui, mais en fait, vous, au début, votre premier métier, ça a été de construire le nid puis maintenant vous vous occupez de l’intérieur du nid. J’ai trouvé ça super beau du coup je l’ai gardé, je me suis mis dans la poche. Un grand merci à Alex d’avoir osé me demander.

     

    Annie, ta Doula Ostéo

     

    Encore tout ça le chemin de l’intuition, on y retourne encore.

     

    Vincent

     

    Son intuition elle est dingue. Elle a beaucoup d’intuition et elle est très humaniste. Il y a un endroit où moi aussi je suis humaniste et en fait j’arrive pas à le mettre vraiment trop dans la matière avec le boulot de charpentier. Et puis m’apercevant aussi que ce boulot commence un peu à m’épuiser physiquement, je me suis dit mais en fait pourquoi je soutiens ça fait quand même ça quelques années là que je l’ai dans quelques quelques années que je l’ai en tête de soutenir Alex par sa demande aussi d’équilibrer les charges de boulot d’équilibrer nos temps professionnels Et moi je me disais mais comment je peux faire?

     

    C’était une de mes envies, ça a été de la soutenir en prenant plus un rôle d’homme au foyer et puis comme ça, ça peut lui permettre d’avoir plus de temps pour travailler et puis pour mettre dans la matière cette humanité en fait.

     

    Et troisième volet, de me laisser du temps aussi pour pouvoir accompagner les hommes. Ouais c’est cool de pouvoir au travers de son intuition et de son humanisme en fait, finalement tous les deux œuvrer là-dedans en portant plus son énergie qui est comme ça, elle l’a et en plus elle le fait bien dans son boulot. Donc autant soutenir ça plutôt que d’essayer de faire la même chose à côté en version foirée.

     

    Annie, ta Doula Ostéo

     

    Wow, que c’est inspirant. Merci d’avoir partagé avec une si grande générosité votre expérience, c’est extraordinaire.

     

    Alexandra

     

    Merci à toi de nous avoir sollicité. Puis vraiment, moi J’avais envie de dire que c’est beaucoup, beaucoup grâce à la rencontre avec toi, puis grâce à la rencontre avec Élise aussi, qui était donc notre doula à Bordeaux. Quand je suis tombée enceinte de Maxime, j’étais persuadée que je voulais une doula, mais je ne savais pas tellement ce que c’était en France, ça n’existait pas encore trop, trop. Et ça a été tellement, tellement important, tellement bon, tellement doux de t’avoir avec nous, puis de le revivre avec Léo. Si tous les bébés pouvaient arriver comme ça, Mais mon dieu, on aurait une toute autre humanité. Tu m’as montré ça et Elise m’a montré ça aussi. Du coup, ça a fait que c’est devenu une évidence des années plus tard. Avec cette grande pression aussi que j’ai deux grands et beaux modèles à suivre. D’avoir cette conviction forte qu’on a des métiers très, très importants pour les bébés.

     

    Annie, ta Doula Ostéo

     

    J’ai envie d’ajouter, Tu sais, être doula, c’est d’abord et avant tout une mission de cœur. Ce n’est pas une mission de connaissance. Ça, tu l’as toujours eu, Alex, à l’intérieur de toi. Toi aussi, Vincent, c’est votre être. Vous avez ça à l’intérieur de vous. Fait que vous êtes vraiment complètement légitimes. Ce n’est pas une question de savoir. Puis c’est pas une question de connaissance pour moi, c’est d’abord et avant tout une question d’être.

     

    Très chanceux les gens qui rencontrent votre route. Vraiment.

     

    Avoue que c’était tout un épisode avec plusieurs sujets vraiment intéressants, avec plusieurs sujets qui amènent des réflexions dans notre façon de voir la vie, dans notre façon de voir notre monde et compagnie. J’espère que tu as aimé.

     

    J’aimerais en fait en profiter pour revenir sur certains éléments, entre autres sur la fameuse délivrance dont Alexandra nous parlait. Elle nous disait qu’en France, le temps alloué pour la sortie du placenta est aux alentours de 15 minutes et qu’ensuite, les femmes qui ne réussissent pas sont amenées au bloc opératoire pour avoir une anesthésie générale. Donc, ça me semblait important de te dire qu’au Québec, c’est un peu différent. On a un petit peu plus de lousse, on

     

    Au Québec, en milieu hospitalier, on nous alloue plutôt 30 minutes. Puis, Je te dirais que j’ai souvent vu dans des accouchements des médecins qui ont été encore un petit peu plus patients que ça. Donc certains d’entre eux sont plus flexibles que d’autres.

     

    L’autre chose que j’avais envie de te dire par rapport à ça qui est important, c’est que non, nous ne sommes pas obligés d’avoir une anesthésie générale pour aller chercher un placenta qui résiste un peu à la sortie. Il y a d’autres façons de faire quand il n’y a pas de pathologie associée, quand c’est une rétention placentaire qui est simple. Donc ça m’apparaissait aussi important de te le dire pour que tu saches qu’il y a d’autres options qui peuvent s’offrir à toi selon le milieu hospitalier dans lequel tu es.

     

    Maintenant j’en profite pour te rappeler que lors de la délivrance du placenta, il y a des facteurs qui vont beaucoup favoriser le fait que le placenta sorte en un morceau et de façon fluide et facile. Et parmi les choses qui sont très importantes, il y a le fait que tu dois le plus possible rester dans ta bulle.

     

    Et là, Alex, dans son histoire, a fait vraiment un tour de force extraordinaire. C’est extrêmement difficile de faire une belle délivrance spontanée lorsqu’on est séparé de notre bébé, lorsqu’on est en présence de personnes qui ne sont pas nécessairement des gens qu’on connaît, en qui on a une grande confiance, et en plus quand il y a une personne qui est en train de nous faire un massage de l’utérus. Alors si tu as déjà donné naissance, tu connais ce principe-là par lequel les infirmières vont appuyer, vont masser l’utérus pour empêcher les saignements. Normalement, c’est ça la raison pour laquelle les massages existent. Maintenant, toutes les personnes qui ont donné naissance en milieu hospitalier savent à quel point ça fait mal et que dans certaines circonstances, on n’a pas besoin d’avoir ce type de massage-là. Et dans d’autres circonstances, le massage peut être auto-fait. On peut se le donner soi-même de façon à pouvoir avoir un confort qui va être augmenté, évidemment, versus c’est quelqu’un d’autre qui le fait. Et donc, je reviens à mes facteurs qui vont aider la délivrance, de quoi j’ai besoin.

     

    J’ai besoin idéalement d’avoir mon bébé qui est collé sur moi, de façon à pouvoir faire un maximum d’ocytocine. Et là, écoute, le moment qui suit la naissance, les minutes qui suivent la naissance, c’est le moment dans ta vie où tu vas sécréter le plus d’ocytocine. Tu vas en sécréter encore plus dans les minutes suivant la naissance que ce que tu as fait dans les heures précédentes pour faire les belles contractions qui ont permis à ton bébé de naître. Mais pour que ce gros push d’ocytocine soit disponible dans notre système pour pouvoir nous aider à faire le décollement du placenta et à faire naître notre placenta de façon complètement physiologique, on a besoin de certaines conditions qui doivent être respectées. Donc, avoir mon bébé, si possible, près de moi, avoir la possibilité de le rencontrer au niveau de le sentir, de le toucher, de le sentir sur mon corps, de pouvoir lui parler, d’écouter ces petits bruits délicieux, de pouvoir être en contact complet avec mon bébé sans être dérangé et idéalement sans avoir l’impression d’être observée. Parce que j’aimerais ça te dire sans être observée, mais bon, en réalité, parfois, ce n’est pas toujours possible parce qu’il y a plusieurs milieux, malheureusement, qui ne connaissent pas l’importance de laisser la mère dans sa bulle dans les premières minutes après l’accouchement. Donc, au moins, c’est important d’avoir l’impression qu’on n’est pas observé, c’est vraiment hyper important. L’autre chose qui est très importante pour que cette oscite saine-là se déploie à son maximum, c’est que tu sois confortable et que tu n’aies pas froid.

     

    D’où l’utilisation au besoin d’une couverte chaude autour de toi ou sur toi pour que tu puisses être confortable. Donc, et ne pas être dans la bulle de la mère, ça veut dire aussi éviter de lui parler bien entendu. Parce qu’on veut que la mère soit dans un état qui est le plus primitif possible pour que son cerveau mammifère puisse vraiment déployer un maximum de cytocine qui va permettre à l’utérus, maintenant qu’il est vide, maintenant que le bébé n’est plus là, de se contracter. Et en se contractant, la surface de l’utérus va évidemment diminuer, va devenir plus petite et le placenta qui était inséré sur la surface de l’utérus ne pourra plus y rester et va donc se décoller et la sortie sera possible. Je te rappelle, et d’ailleurs Alexandra nous en a parlé dans l’épisode, à un moment donné elle a dit « en plus j’ai été couché sur le dos », on n’est pas obligé de rester couché sur le dos pour une délivrance de placenta. Puis franchement, pour l’avoir vécu, c’est pas mal plus facile à croupir que coucher sur le dos à pousser. Donc si tu es dans un milieu où tu te sens libre de le faire, que c’est un accouchement qui est physiologique, donc tu as le contrôle sur tes jambes et que tu peux te lever, te mettre en accroupie, ça peut être une excellente idée. Ça va te permettre peut-être d’être un petit peu plus connecté sur ton instinct pour pouvoir bien sentir ton placenta, bien l’accompagner.

     

    Et ça se peut aussi que ça désorganise un petit peu l’équipe autour qui est moins habituée à ça et il y aura peut-être moins de gens qui vont être tentés de tirer sur ton cordon puis de te laisser tranquille, faire vivre ta délivrance comme tu as envie de la vivre. Évidemment, tout ça est possible seulement quand tout va bien et qu’on est dans une situation qui est physiologique. Dans le fond, l’idée, Je te le rappelle, c’est toujours de se rapprocher le plus possible de la physiologie et de rester ouvert parce qu’il y a des moments où on doit dévier de notre chemin idéal en matière d’accouchement et de naissance. Je pense que tu le sais déjà.

     

    J’anime des ateliers gratuits, autant en prénatal qu’en postnatal. Donc en prénatal, tu as accès aux 11 clés pour une naissance facilitée. Tu peux commencer l’écoute dès maintenant si tu veux. Tu peux simplement aller dans la description de l’épisode ou dans la page de l’épisode pour pouvoir avoir accès aux liens pour pouvoir t’y inscrire.

     

    Pour l’atelier post-natal, les super pouvoirs de ton bébé, dans lequel on parle de tous les sujets qui sont vraiment très importants dans la première année de vie du bébé. Donc on parle de la sécurité affective, de la motricité libre, des réflexes archaïques, du sommeil et compagnie. Pour l’atelier Les Super Pouvoirs de ton bébé, même chose, tu as simplement à aller dans la page de l’épisode et tu auras le lien pour t’y inscrire et participer à la prochaine édition. Si tu as aimé l’épisode d’aujourd’hui et que ce n’est pas encore fait, je t’invite à aller sur Spotify ou sur Apple Podcasts pour pouvoir mettre un beau 5 étoiles, de façon à ce que le podcast « Enfanté librement, sans se faire accoucher » soit visible par le plus grand nombre de familles possible. Si tu veux me rejoindre, et il y a deux façons de le faire, tu peux m’envoyer un courriel, le courriel est dans la description de l’épisode, tu peux également me rejoindre via Instagram. Je te souhaite une magnifique semaine, puis j’ai déjà hâte de te retrouver la semaine prochaine!